Thématique Tunisie

Motiv-aus-HammametÀ l’occasion du soixante-septième anniversaire de l’indépendance de la Tunisie, Informations et commentaires : le développement en questions propose une thématique présentant quelques problématiques auxquelles fait face l’économie tunisienne.

Dès sa sortie de la « nuit coloniale », l’économie tunisienne engage un processus de développement et de modernisation. Une première séquence faite de planification, de volontarisme étatique, de nationalisation et de protection vis-à-vis de la concurrence internationale fonde le compromis développementaliste des premières années de la présidence de Habib Bourguiba (1957-1987). Ce compromis connaît une réévaluation importante au début des années 1970 alors qu’il marquait un début de blocage. La Tunisie s’ouvre alors au libéralisme et à l’économie de marché. Si, dans un premier temps, cette réévaluation relance l’économie, elle va vite se gripper ne permettant pas le dépassement des déséquilibres structurels de l’économie tunisienne, qui paramètrent aujourd’hui encore, son développement : niveau élevé d’inemploi, inégalités territoriales et sociales, endettement public. La seconde séquence débute après le coup d’Etat du 7 novembre 1987. La présidence de Zine Elabidine Ben Ali (1987-2011), sous la contrainte d’un plan d’ajustement du FMI ratifié en 1986, engage l’économie résolument sur la voie du libéralisme et du libre-échange au service du développement d’une industrie d’exportation de produits intensive en main-d’œuvre. Cette deuxième séquence permet de baisser le taux d’endettement du pays, restaure sa crédibilité auprès des bailleurs de fonds, améliore le taux de croissance nominal. En revanche, le taux de chômage et les inégalités sociales et territoriales augmentent au point qu’à partir de la fin des années 1990, la croissance devient excluante du fait d’une économie politique de la prédation qui s’est consolidée dans les dernières années du pouvoir de Ben Ali. Les contradictions du « miracle économique tunisien »[1] finiront par devenir ingérables conduisant au renversement du régime Ben Ali. S’ouvre, dès lors, une troisième séquence, toujours en cours, caractérisée par de nombreuses incertitudes et contingences tant internes, régionales qu’internationales. Elle se caractérise surtout par l’absence d’un réel projet de développement et l’impossibilité des différentes composantes du système national d’économie politique tunisien de définir un nouveau compromis développementaliste. Les années post-changement de régime (2011-2023) auront exacerbé les déséquilibres structurels : déficit jumeaux, endettement à hauteur de 80 % du PIB, chômage massif (15,2 % selon le taux officiel, le double si on y inclut les femmes, l’informel et le salariat journalier), à quoi s’ajoute, désormais, une inflation à 15 % suite à la crise de la COVID et à la guerre en Ukraine, mais surtout en raison des insuffisances de l’appareil productif tunisien.

Alors que les tensions et incertitudes sociopolitiques sont particulièrement élevées (voir l’entretien avec Sophie Bessis), la Tunisie se retrouve une nouvelle fois aux prises avec le FMI. Si ce dernier et la Banque mondiale ont recommandé, lors de la crise de la COVID-19, aux pays d’emprunter massivement, désormais, les « sœurs jumelles de Washington » réaffirment leur doxa et la conditionnalité qui l’accompagne (Lire la contribution de Myriam Lejmi). Elles incitent à la restructuration libérale de l’économie, la réduction de la masse salariale, la suppression des subventions, la privatisation des entreprises publiques, la réduction des dépenses et interventions publiques et l’exposition accrue à la concurrence internationale. Les autorités tunisiennes, engagées depuis deux ans dans des négociations avec le Fonds, ont annoncé le refus d’appliquer ce programme d’austérité sans pour autant proposer, pour le moment, une alternative crédible et durable.

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Entretien avec Sophie Bessis

Le dernier Diagnostic systématique de la Banque Mondiale sur la Tunisie : du vieux vin dans de nouvelles bouteilles ?

Fiche – pays

[1] L’expression est créée sous le régime de Ben Ali, elle vise à décrire les performances économiques de la Tunisie en les décrivant comme le produit d’une stratégie économique globale. Le « miracle économique tunisien » découlait, de fait, de l’application de l’orthodoxie du FMI couplé au apports financiers des créanciers de la Tunisie (UE et France, en premier lieu) à quoi s’ajoute une manipulation systématique des données et informations macroéconomiques. Sur ce dernier point voir, Béatrice Hibou, « Macroéconomie et domination politique en Tunisie : du « miracle économique » benaliste aux enjeux socio-économiques du moment révolutionnaire », Politique Africaine, 2011/4, n° 124.