Rolande Borrelly
Rolande Borrelly s’est éteinte le 11 janvier 2022 à Grenoble. Rolande a été membre du comité éditorial de la revue depuis sa création en 1998 et trésorière de l’Association pour un nouveau développement de 1998 à 2021. Mais Rolande a été beaucoup plus que cela pour notre revue, comme en témoigne Patrice Allard :
C’est en 1998 que s’est constituée une équipe pour poursuivre l’édition de la revue Informations et commentaires, fondée en 1972 par Gilbert Blardone. Ce fut alors le début d’un travail collectif, appuyé par l’aide et les conseils du fondateur de la revue et de bien d’autres, où des tâches de choix et de conception de dossier, de recherche d’auteur ont alterné avec celles, moins agréables, de frappe et de mise en forme des articles et des numéros, de leur relecture et même la préparation de leur expédition postale. Chaque trimestre s’est conclu par l’achèvement de ces tâches et la sortie d’un numéro alors que l’enchaînement des travaux de préparation du numéro suivant était en cours.
Cette équipe a bien fonctionné et son travail collectif fut exemplaire. Qui y a participé ? Je ne voudrais pas les nommer par peur d’en oublier. Ils se reconnaîtront et Rolande Borrelly en fut un pilier. Derrière sa discrétion coutumière, sa présence et son rayonnement au service du collectif ont été permanents.
Nous lui devons beaucoup et mille souvenirs nous rappellent Rolande. En table de restaurant comme en table de salle universitaire, discussions et débats se poursuivaient dans une ambiance de sympathie partagée. Par l’étendue de sa culture et de sa réflexion, elle nous a apporté des conseils, des propositions et des analyses pertinents. La vigueur de ses engagements l’a conduit à participer à chaque tâche, qu’elle fut intellectuelle ou manuelle et répétitive, sans ménager ni son temps, ni sa peine. Ceux qui ont partagé avec elle ces activités peuvent témoigner de la confiance qu’elle accordait à chacun comme de sa fidélité envers celles et ceux qui ont eu le privilège d’être ses amis.
En 2016 la revue a cessé de paraître. De nouvelles questions sont apparues. Comment traiter l’archive constituée de 72 numéros d’Informations et commentaires ? Est-il possible de trouver des modalités permettant de faire vivre à nouveau l’esprit de la revue ? Là encore l’aide et les conseils de Rolande ont été précieux et efficaces dans la poursuite d’un but commun. Ils ont débouché sur la création d’un site abritant les archives et le souci de l’ouvrir à de nouvelles productions anime tous ceux, anciens et nouveaux qui ont accepté de reprendre le flambeau.
Nous publions également ici l’hommage rendu à Rolande Borrelly par Redouane Taouil.
Gilbert Blardone
C’est avec une profonde tristesse que nous avons appris la disparition de Gilbert Blardone le 21 mars 2021.
Il n’est pas besoin de rappeler qu’il a été le fondateur de la revue en 1972.
Professeur à Lyon et à l’IHEID de Genève, auteur de nombreux ouvrages, il a également participé à la création des revues Chroniques sociales de France et Croissance des jeunes Nations. Son humanisme et la vigueur de ses engagements marquent ces différentes activités.
Tous ceux qui ont eu le plaisir de travailler avec lui autour d’Informations et commentaires garderont le souvenir de la richesse de ses contributions, du soutien appuyé qu’il apportait à toute l’équipe et et du climat d’amitié sincère qu’il savait si bien créer.
C’est un ami qui nous fait défaut aujourd’hui.
Alda Del Forno
Ce texte est celui que Gilbert Blardone, fondateur de « Informations et commentaires », a prononcé, lundi 26 avril 2010, lors de la cérémonie des funérailles d’Alda Del Forno, éditrice de la revue et présidente de l’Association pour un nouveau développement.
Depuis 1998 avec Patrice Allard comme directeur et Alda Del Forno comme éditrice, la revue « Informations et Commentaires – Le développement en questions » a été réalisée, ici, à Grenoble dans le cadre de l’Association pour un nouveau développement, présidée alors par Gérard de Bernis auquel Alda a succédé. Cette revue, je l’ai lancée à Lyon en 1972 avec quelques jeunes collèges universitaires, disciples du grand économiste français d’origine lyonnaise, François Perroux. C’est à lui que nous devons notamment « l’économie du vingtième siècle », « l’économie des jeunes nations », et, aux presses de l’UNESCO « Pour une philosophie du nouveau développement ». Avec François Perroux, nous pensions alors que l’avenir du monde allait dépendre de plus en plus de ce qui se passerait en Asie, en Amérique latine, en Afrique, dans ce que l’on appelait « le Tiers monde ». Qu’il convenait donc d’en informer la jeunesse et de réfléchir à ce que devrait être nos futures relations avec ces continents, relations qui influenceraient nécessairement leur développement et le nôtre. La nouvelle revue devait être l’un des modestes moyens à notre disposition pour réaliser cette ambition.
Lorsque 26 ans plus tard, en 1998, il n’a plus été possible d’éditer la revue à Lyon, tout naturellement nous avons pensé que le professeur Gérard de Bernis, ami et successeur de François Perroux ainsi que ses collègues de Grenoble, les professeurs Rolande Borrelly, Patrice Allard, Alda Del Forno pourraient être intéressés de poursuivre l’aventure que représentait la gestion et l’édition de la revue dans l’esprit même qui avait présidé à sa création. L’accueil fut immédiat et chaleureux.
Depuis 12 ans, sous la direction de Patrice Allard, avec Alda comme éditrice et le soutien actif et compétent de leurs collègues et amis, la revue continue à jouer son rôle d’information, de réflexion et de proposition. Elle s’enrichit chaque année de nouveaux lecteurs et abonnés. La place prise, aujourd’hui, dans le monde par ceux que l’on appelle désormais « les pays émergents » et leur poids dans les relations internationales, témoigne de la justesse de l’intuition initiale.
Dans un contexte de mondialisation anarchique et de concurrence sauvage, il importe plus que jamais de rappeler, après François Perroux, que l’économie doit être au service de l’Homme et non l’inverse ; que l’argent est un moyen et non une fin. « Il faut déshonorer l’argent » n’hésitait pas à écrire François Perroux déjà en 1969, dans « Le pain et la parole ».
Alors qu’un capitalisme financier arrogant, sans scrupule, sans système réel de régulation écrase les hommes en imposant la loi du plus fort au lieu d’améliorer leur condition d’existence et de conforter leur joie de vivre, alors que ce capitalisme plonge la planète dans des crises à répétition et la conduit au chaos, il est plus nécessaire que jamais non seulement de contester ce système mais de proposer un autre type d’économie et de société. Maurice Allais, le seul économiste français Prix Nobel d’économie, n’hésitait pas en 2005 à affirmer « en réalité, l’économie mondialiste qu’on nous présente comme une panacée ne connaît qu’un seul critère, « l’argent ». Elle n’a qu’un seul culte, « l’argent ». Dépourvue de toute considération éthique, elle ne peut que se détruire elle-même ».
Depuis 12 ans Alda a été dans la revue qu’elle fabriquait, la cheville ouvrière de ce combat pour l’Homme et pour un développement à visage humain. Accueillante à tous, toujours souriante et détendue, attentive à ce que chacun proposait, elle savait qu’elle pouvait compter sur la collaboration de toute l’équipe du Comité éditorial, mais c’est à elle que revenait la responsabilité de construire pierre par pierre chaque numéro de la revue. Nous savons, par expérience, ce que cela représente de souci et de labeur quotidien lorsque ce travail s’ajoute aux tâches professionnelles et familiales.
Le meilleur hommage que nous puissions rendre à Alda Del Forno, aujourd’hui, c’est de lui promettre de continuer, dans la vie et à travers la revue, ce combat auquel, jusqu’au dernier moment, elle s’est totalement dévouée.
Merci Alda. Vous pouvez compter sur nous. Au revoir.