Le concept de développement dans le champ socio-économique

Renato Di Ruzza[1]

163Dans le champ socio-économique, le développement n’est devenu une question « à conceptualiser » qu’après la Deuxième guerre mondiale, plus précisément à partir de janvier 1949, date à laquelle le président des États-Unis, Harry Truman, désigne le monde des « pays sous-développés » qu’il oppose à celui des « pays développés ». Le contexte politique est celui des préludes de la « guerre froide » et le « Point Quatre » du discours d’investiture de Truman en dit long sur le projet défini : « Plus de la moitié des gens dans le monde vit dans des conditions voisines de la misère. Ils n’ont pas assez à manger. Ils sont victimes de maladies. Leur pauvreté constitue un handicap et une menace, tant pour eux que pour les régions les plus prospères ». Face au « bloc communiste », il convient pour les États-Unis de proposer une voie de « développement » qui est celle du capitalisme industriel occidental. C’est à partir de là que naissent, non seulement le discours de « l’idéologie du développement », qui assimile les notions de « croissance », d’« industrialisation », de « progrès » et de « développement », et qui fait des pays développés le « modèle à suivre », mais également l’effort théorique et conceptuel qui, tout en s’inscrivant dans cette idéologie et en en acceptant les prémisses, permet de débattre des conditions qui favoriseraient le développement des pays sous-développés.

Naturellement, plusieurs figures du développement seront par la suite convoquées, notamment dans le scénario où l’État exerce un rôle actif dans la conduite de l’économie nationale en recourant à des outils keynésiens afin d’adoucir les cycles. Les approches essentiellement économétriques, évaluant uniquement le développement par l’intermédiaire du produit intérieur brut (PIB), en ont été revues, complétées d’un recours à d’autres indicateurs, par exemple, à l’indice de développement humain (IDH) ou à l’indice de pauvreté humaine (IPH).

Mais sur le fond, globalement, et tendanciellement, l’idéologie « trumanienne » du développement est rarement mise en cause : au-delà de quelques pétitions de principe, qui d’ailleurs viendront relativement tardivement, le développement a été progressivement conceptualisé en référence au modèle qui a émergé de l’expérience européenne du XIXème siècle. Cela appelle trois observations.

  1. L’histoire de cette conceptualisation entremêle, avec des pondérations différentes selon les courants de pensée, tous les registres de ce qui fonde la « posture idéologique » :

— ensemble de représentations/conceptions du monde ne laissant aucune partie du réel hors de son atteinte et prétendant enfermer l’essentiel de ce réel dans la supposée cohérence de ses concepts ; cet ensemble organise la totalité du discours de la société sur elle-même ;

— force de mobilisation des énergies, des pratiques, ayant pour fonction de dicter des normes et de donner des directives individuelles et collectives notamment sur le travail et son organisation (c’est ainsi qu’avec les « transferts de technologies », prévus d’ores et déjà par Truman, s’est organisé également un transfert du modèle productif de type taylorien) ;

— entreprise d’opacification des réalités, constitutive de « fausse conscience » au sens de G. Lukacs[2], exclusivement définies par une catégorie d’analyse développement/sous-développement abolissant toute référence aux spécificités historico sociales.

  1. On comprend dès lors qu’il s’agit d’un domaine profondément conflictuel, réfractant tous les enjeux politiques mondiaux : impérialisme, guerre froide, colonisation/décolonisation, etc. Toutes les conceptualisations du développement prennent parti dans ces conflits, ce qui conduit au total à la plus grande confusion, d’autant que la seconde moitié du XXème siècle a été une période exceptionnelle dans l’histoire économique et sociale : une croissance jamais repérée auparavant, lors des années ’50 et ’60 (les « trente glorieuses »), suivie par une crise durable du monde capitaliste et par l’effondrement de l’expérience soviétique ; une mutation organisationnelle et technologique profonde et rapide qui transforme les modèles productifs, le travail et son organisation ; une reconfiguration de la géopolitique mondiale difficilement analysable, mais où il semble chaque fois plus manifeste que la formule d’un État cherchant à maîtriser les marchés ait été inversée, dans une dynamique où les marchés sont invoqués pour domestiquer les politiques. C’est dans ce cadre mouvant que les diverses figures du développement, issues de multiples disciplines, sont alternativement voire simultanément convoquées et questionnées : le développement comme simple évolution, le développement comme changement de forme (au sens mathématique), le développement comme objectif ou comme finalité, le développement comme « grandissement », le développement comme structuration, le développement contrôlé et « durable », ou même le « développement du sous-développement »[3].
  2. Enfin, il faut insister sur le fait que la conceptualisation du développement s’est effectuée inséparablement de celle du sous-développement, comme s’il était admis en substance qu’un pays sous-développé était un pays qui n’était pas développé, et qu’à l’inverse un pays développé était un pays qui n’était pas sous-développé. Autrement dit, un pays développé est un pays qui a connu un processus de développement dont les caractéristiques le rapprochent des « modèles » que représentent les pays dits « occidentaux », et un pays sous-développé est un pays qui n’a pas connu ce processus de développement. Toute la conceptualisation du développement dans le champ économique et social tient en les réponses à deux questions :

— quelles sont les caractéristiques des pays occidentaux qui en font des pays développés ?

— pourquoi certains pays ne prennent pas le même chemin ?

Je ne vais pas énumérer et détailler toutes les réponses, ce serait long et fastidieux. Mais il faut avoir à l’esprit que tout y est passé : le climat, la chaleur[4], le soleil et ses taches, les races, les religions, la paresse, les ressources naturelles, etc. Je vais me contenter de centrer mon propos autour de deux grands auteurs qui, dès les années 1950, vont inaugurer deux visions différentes de la conceptualisation du développement, et qui s’affrontent encore à propos de la mode du développement durable.

Deux visions du développement

Le premier est Rostow. C’est le plus connu, le plus commenté, le plus utilisé, et sa vision irrigue toutes les sphères du corps social, des discours non savants jusqu’au vocabulaire diplomatique. Je ne vais pas résumer sa théorie qu’il expose notamment dans une série de conférences en 1958, je vais juste commenter le titre de son ouvrage et dire quelques mots de cette phase présentée comme essentielle dans tout processus de développement qu’est l’étape du « décollage ».

Son ouvrage, publié en 1960 est titré « Les étapes de la croissance économique », et sous titré « un manifeste non communiste ». Tout est annoncé dans ces quelques mots :

— l’équivalence est posée entre croissance économique et développement ;

— le développement se fait par étapes, cinq exactement, qui se succèdent nécessairement quelque soit la société ou le pays considéré ;

— la proposition d’une vision de la croissance et d’une voie non marxistes ou non communistes vers le développement.

L’étape charnière dans « la marche au développement » est la troisième, celle dite du « décollage ». Rostow la définit clairement en référence à l’histoire économique de la Grande-Bretagne et de la France, en privilégiant dans cette histoire quelques traits caractéristiques : première révolution industrielle, rôle prédominant des entrepreneurs, doublement du taux d’épargne et du taux d’investissement, etc. Les pays développés ont donc franchi cette étape cruciale, et ils sont pour la plupart dans la quatrième étape (sauf les États-Unis qui sont dans la cinquième) ; les autres ne l’ont pas franchi, mais la franchiront nécessairement en s’industrialisant, en confiant un rôle important aux entrepreneurs, en épargnant et en investissant. Ils sont « en voie de développement », mais pas encore développés. Nettement, dans cette perspective, le « sous-développement » n’est qu’un retard de développement.

Le second auteur est Perroux. Il est moins connu, a eu moins de succès, mais il renverse radicalement la perspective. Il ne prend pas comme point de départ l’analyse des caractéristiques des pays développés, mais il propose dans un article de 1952 « trois outils pour l’analyse du sous-développement ». Les zones sous-développées sont :

— « dominées », c’est-à-dire qu’elles subissent « une influence asymétrique et irréversible » exercée par ce qu’il appelle « les Europes » ; cette influence ou cette domination a entraîné la destruction socio-économique et culturelle de l’équilibre ancien de ces régions ;

— « désarticulées », sans structures autonomes au niveau de la production et du financement ;

— et elles n’assurent pas « la couverture des coûts de l’homme », critère essentiel au delà du « mythe du chiffre unique », PIB ou taux de croissance.

Ces trois concepts, domination, déstructuration et non couverture des coûts de l’homme, conduisent Perroux à définir le sous-développement comme un « blocage du développement », produit d’une histoire particulière, blocage que n’ont pas connu les pays développés. À contrario, cela lui permet d’affirmer sa vision du développement : un pays développé n’est pas dominé et souvent il domine, il est structuré, et il couvre les « coûts de l’homme ».

On a là deux visions profondément différentes du développement et du sous-développement, qui ouvriront la voie à deux lignées de travaux irréductibles l’une à l’autre, portant aussi bien sur l’analyse que sur les politiques de développement. Cependant, au-delà de cette irréductibilité, les deux lignées ont en commun la référence plus ou moins revendiquée au « modèle » du développement européen du XIXème siècle.

L’industrialisation et la croissance comme moyens du développement

Même si la proximité entre ces notions n’est pas identique, les deux lignées font de l’industrialisation et de la croissance les moyens essentiels et incontournables du développement. La différence intervient d’une part dans les définitions données à l’industrialisation et à la croissance, et d’autre part dans les conditions à remplir pour qu’elles soient effectivement possibles.

Pour « la lignée rostowienne », la croissance est l’augmentation de la production mesurée par le PIB, et l’industrialisation est l’accroissement du poids relatif du secteur secondaire dans l’ensemble de l’économie. Et, à partir du moment où le sous-développement n’est qu’un retard de développement, les instruments conceptuels utilisés pour analyser la croissance et l’industrialisation dans les pays développés sont parfaitement utilisables dans le cas des pays sous-développés : fonction de production néoclassique, demande effective keynésienne, croissance transmise, croissance balancée, substituabilité des facteurs et des importations, spécialisation internationale sur la base des coûts comparatifs, etc. Au fond, il n’y a pas dans cette lignée d’approfondissement du contenu spécifique du concept de sous-développement et donc du concept de développement : tous les pays ou toutes les zones sont « en développement », mais à des stades différents, repérés par des indices de richesse/pauvreté ou des « indices de développement humain ».

Pour « la lignée perrouxienne », l’industrialisation et la croissance n’ont pas la même signification que précédemment. L’industrialisation n’est pas la simple présence d’industries sur le territoire d’un pays, mais la structuration industrielle de l’ensemble de l’économie, avec un « noircissement de la matrice intersectorielle » qui donne une place particulière à l’agriculture et aux services ; et la croissance doit être le résultat du fonctionnement cohérent de cette structure et non pas seulement la croissance du PIB. Dans cette optique, la « ré-articulation » des économies sous-développées suppose qu’un certain nombre de conditions soient remplies :

— la production d’un surplus agricole durable et mobilisable en interne pour alimenter (dans tous les sens du terme) le secteur industriel, ce qui présuppose que le secteur agricole se libère du marché mondial et du système de formation des prix internationaux ; c’est le sens des diverses « réformes agraires » ou « révolutions vertes » qui ont été suggérées et parfois appliquées ;

— la cohérence des structures industrielles, dont la production doit nécessairement fournir trois types de biens, les moyens de production non spécifiques, les moyens de production spécifiques et les moyens de consommation ; c’est le sens des notions d’« industries industrialisantes », de « développement autocentré », ou encore de « système productif » ; ce qui explique aussi les réticences à considérer que les « transferts de technologies » pourraient être une solution dans la mesure où elles se traduisent souvent par l’importation de moyens de production ;

— l’autonomisation des moyens de financement de l’économie, par la gestion d’une monnaie propre et par la création d’un système bancaire indépendant ; ce qui conduit normalement au refus du système d’endettement international et des zones monétaires gérées par une économie développée (du type « zone franc ») ;

— enfin, la définition des espaces pertinents sur lesquels cette « ré-articulation » doit s’effectuer, dans la mesure où « le pays » n’a pas de signification sociale et culturelle bien précise, autre que le découpage issu de la colonisation.

On le voit, il y a là les principaux ingrédients qui correspondent à la définition perrouxienne du développement : se libérer de la domination des pays développés, assurer « l’articulation » de l’économie, et couvrir les « coûts de l’homme ». En même temps, et inévitablement, un certain nombre de questions ont surgi qui ont alimenté le débat sur le développement dans cette lignée, et dans lequel les marxistes ou les marxiens ont eu une place essentielle : quelle est la nature de la domination, et quelles en sont les modalités ? Comment assurer une industrialisation qui évite la « barbarie » de l’industrialisation britannique ou française ? Comment tenir compte de la diversité du sous-développement, autrement dit de la singularité des diverses régions du Tiers-Monde ? Comment concilier la structuration des zones sous-développées avec la déstructuration des économies développées due à la crise ?

C’est dans ce cadre par exemple qu’ont eu lieu les débats sur l’impérialisme, renouant avec la tradition léniniste, boukharinienne et luxemburgiste : le sous-développement est analysé comme le résultat de l’impérialisme, quelle que soit la forme de ce dernier, colonial, économique, politique, culturel ou autre, et de la sorte, il est non seulement le résultat du développement des pays du nord, mais la condition de ce développement. C’est la thèse de l’« échange inégal » qui montre que la mise en concurrence sur le marché mondial de pays de niveaux de développement structurellement différents opère un transfert de valeurs des pays sous-développés vers les pays développés ; c’est aussi la thèse des « débouchés préalables » qui montre comment le développement des pays du nord a exigé la colonisation (institutionnelle ou non) et la déstructuration des économies ainsi colonisées. D’une certaine manière, on ne peut parler de développement et de sous-développement indépendamment de l’impérialisme.

Un second exemple concerne la manière d’analyser les mouvements d’ordre géopolitique qui affectent le Tiers-Monde. Comme durant toutes les grandes crises (celle du dernier tiers du XIXème siècle, celle de l’entre deux guerres), la crise actuelle reconfigure totalement l’économie mondiale et les rapports de force et d’influence entre zones et entre nations. Comme dans toutes les grandes crises notamment, apparaissent des « pays émergents » ; c’est ainsi que les États-Unis sont un « pays émergent » durant la crise de la fin du XIXème siècle, et sont encore considérés comme un « pays neuf » contre lequel il faut lutter en termes concurrentiels comme le disent les pays européens lors de la conférence de Gênes de 1922. La plupart des analystes de cette lignée s’accordent à reconnaître que des pays ont « émergé » durant la crise actuelle. Mais beaucoup aussi s’interrogent sur la nature et la durabilité de cette émergence, surtout si on évalue leur développement à l’aune des outils perrouxiens. On retrouve ces interrogations dans le débat sur la notion de développement durable.

Développement et développement durable

Je partirai de façon très classique par un simple rappel, car il est suffisant pour aborder ces questions. Il concerne la définition du développement durable. Il y a celle, maintenant célèbre, donnée par le rapport de la Commission mondiale sur l’environnement et le développement (dit Rapport Brundtland) : c’est « un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs » ; et il y a les conditions préalables d’un tel développement, que précise le même rapport, mais qui sont moins souvent rappelées : « même au sens le plus étroit du terme, le développement durable présuppose un souci d’équité sociale entre les générations, souci qui doit s’étendre en toute logique à l’intérieur d’une même génération (…). La diminution de la pauvreté est par elle-même une condition préalable d’un développement respectueux de l’environnement ».

Deux remarques sur cette définition.

— Comme on le sait, l’adjectif « durable » est la traduction du terme anglais signifiant « soutenable » (on parle aussi d’ailleurs, même si c’est de moins en moins souvent, de « développement soutenable »). Il me semble pourtant que ce n’est pas tout à fait la même chose, et que « soutenable » a une signification plus forte que « durable ». Trivialement, le dictionnaire est clair. Est « durable » ce qui est viable et permanent dans le temps ; est « soutenable » ce qui peut être défendu pour diverses raisons plausibles ou ce qui est supportable.

— Le rapport Brundtland fait de la diminution de la pauvreté une « condition préalable ». Si on lui accorde un sens fort, tel que « pré requis », il ne saurait y avoir de développement durable si la pauvreté n’est pas éradiquée ou au moins en voie d’éradication. Or, la pauvreté s’accroît (y compris dans les pays riches ou développés) et les inégalités se creusent (toutes les données rendues disponibles par les institutions internationales insistent sur ces deux tendances).

Alors qu’il intervient quelques 25 ans après le Rapport Meadows (suivi par une dizaine d’autres notamment commandés par le Club de Rome) qui était déjà une étude de la dynamique de l’écosystème mondial (interaction de la démographie, de la production alimentaire, de l’industrialisation, de l’épuisement des ressources naturelles et de la pollution), et qui préconisait un « équilibre durable » permettant de satisfaire les besoins de chacun, comment expliquer le succès du rapport Bruntdland ? On peut imaginer que les problèmes évoqués par Meadows se sont aggravés, ce qui a conduit à une prise de conscience collective ; c’est le point de vue défendu par la première lignée. Mais on peut également faire d’autres hypothèses, qui replacent le développement durable dans son historicité, comme le font les auteurs s’inscrivant plutôt dans la lignée perrouxienne.

C’est, nous l’avons vu, au lendemain de la Deuxième guerre mondiale que les États-Unis et leurs alliés se donnent pour objectif de reproduire dans les pays du Tiers Monde le processus d’industrialisation et de modernisation qui, depuis la révolution industrielle, a permis à l’occident de dominer le monde par sa richesse et son niveau technologique. Derrière l’affichage moralisant de la lutte contre la pauvreté, les motivations sont d’abord stratégiques : il s’agit de préserver les pays du sud de la tentation communiste et de s’ouvrir de nouveaux marchés. L’« aide au développement » est alors importante, et les « stratégies de développement » fleurissent. Les années 1980 consacreront l’échec de ces stratégies à la fois dans les pays du nord et dans les pays du sud : chômage croissant, crise de l’énergie, ratés du modèle technologique (Seveso en 1979, Bhopal en 1984, Tchernobyl en 1986 par exemple), endettement croissant, crise de l’Algérie, etc. En même temps, avec la chute du mur de Berlin, la disparition de l’URSS, et la fin de la guerre froide, l’aide au développement s’effondre parce qu’elle a perdu son intérêt stratégique, et est progressivement remplacée par les « plans d’ajustement structurel » qui généralisent le modèle libéral. C’est à ce moment là qu’émerge l’idée de développement durable qui ne serait que la nouvelle stratégie des pays du nord pour remodeler les grandes zones d’influence et recoloniser insidieusement les pays du sud.

Pour alimenter la réflexion sur cette question, les mêmes auteurs soulignent le glissement qui est intervenu dans le contenu de l’idée de développement durable. D’une certaine manière, dans le rapport Brundtland, ce type de développement désigne (en théorie) une sorte de « trépied magique », alliant l’économie (croissance de la production), le social (lutte contre la pauvreté et meilleure satisfaction des besoins) et l’environnement (préserver la planète pour les générations futures). En réalité, dès le Sommet de la Terre à Rio en 1992, l’environnement va occulter les deux autres volets : progressivement, les seuls thèmes abordés sous l’enseigne du développement durable portent sur la désertification, la déforestation, la pollution de l’eau et de l’air, l’épuisement des ressources fossiles, et surtout la modification climatique. Comme le fait remarquer l’un de ces auteurs, le réchauffement climatique donne lieu à une avalanche de chiffres et de modèles, et le développement durable est « devenu le grand souk planétaire des calculs d’apothicaire ». Quant à la lutte contre la pauvreté, on n’en parle plus.

Notes:

[1] Institut d’Ergologie, Université d’ Aix-Marseille.

Ce texte est une conférence qui m’a été demandée par des collègues essentiellement philosophes, ce qui explique les simplifications et les raccourcis qu’il contient.

[2]La notion de « fausse conscience » est liée chez G. Lukacs à celle de « réification » qu’il reprend à Marx. Elle englobe trois aspects qui ressortissent du monde des valeurs : 1) la réification du rapport aux choses qui fait que ces dernières ne sont vues que sous leur rapport quantitatif ; 2) la réification du rapport aux autres (l’idéologie au sens traditionnel du terme) qui conduit à ne voir autrui qu’à travers le prisme des préjugés ; 3) la réification du rapport à soi (l’aliénation) qui interdit de se reconnaître et de se faire reconnaître dans et par ses activités. Cf. G. Lukacs, Histoire et conscience de classe, Éditions de Minuit, Paris, 1960.

[3] Cette expression paradoxale est de A. Gunder Frank, Le développement du sous-développement en Amérique latine, Maspero, Paris, 1970

[4] Savez-vous pourquoi les pays du sud ne se sont pas industrialisés sur la base de la production de textile comme la Grande-Bretagne ? Parce que les Anglais vivent sous un climat qui les oblige à se vêtir, alors que les peuplades du sud n’ont besoin que d’un pagne !

 

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