Zapatisme : dix ans déjà, dix jours qui ébranlèrent le monde

Nestor Ponce*

 

128-page-001Ce fut la surprise, ce fut l’étonnement, ce fut aussi la curiosité et le mystère. Les chaînes de télévision, les agences de presse, les radios se sont toutes mises au même moment à annoncer la nouvelle avec hésitation, cherchant à définir les termes, à cerner les objectifs. Cherchant à comprendre.

Le premier janvier 1994, jour de l’An dans un monde qui semblait accepter allègrement la fin de l’Histoire, après la chute du mur de Berlin et l’éclatement en morceaux de l’URSS. Le premier janvier dans les lointaines, humides et brumeuses contrées du sud du Mexique, dans un pays qui démarrait le XXème siècle avec une rébellion et le clôturait avec une autre. Ce jour-là surgissait une guérilla qui semblait venir d’une autre époque : l’Armée Zapatiste de Libération Nationale (Ejercito Zapatista de Liberacion Nacional, EZLN). L’EZLN avait fait irruption (dans l’Histoire ?) ce premier janvier 1994 avec éclat. D’après les premières informations journalis-tiques, ses troupes avaient occupé quatre, puis cinq localités (San Cristobal de las Casas, Ocosingo, Las Margaritas, Altamirano, Chanal del Carmen ; sept en réalité, avec Oxchuc, Huixtan) de l’État de Chiapas, au sud du pays, dans la frontière avec le Guatemala. Avec ordre et discipline, après avoir livré des combats sanglants contre les forces militaires, les guérilleros s’étaient emparés provisoirement des bâtiments des autorités officielles.

Il y avait des informations, des données. nécessaires. Mais il manquait toujours les explications.

Au début donc, il s’agissait de décoder. De zapper rapidement dans l’urgence pour trouver une explication, une logique. Même au Mexique, où pourtant les repères auraient pu être plus faciles à identifier, c’était le flou total. Le romancier Paco Ignacio Taibo II témoigne de la réaction des intellectuels mexicains. Pour lui, il est question avant tout de lire dans la désinformation de la presse officielle : « Je zappe, dit-il, ces premières heures, à la mode mexicaine, c’est-à-dire que je dois lire entre les lignes, écouter entre les phrases, faire le tri des images. Je bénis les mille et un mécanismes pour lutter contre la fausse information que ce pays a dû inventer. Douze heures après le début de l’attaque, le téléphone n’arrête pas de sonner »[1].

Le zapatisme dirige l’opinion publique, et ce peut être malgré lui, vers une entreprise de connaissance. Il faut comprendre. Tout d’abord la date. Le premier janvier 1994 a des significations lourdes, tout d’abord sur le plan politique. Ce jour-là-là doit entrer en vigueur l’accord de l’ALENA (Accord de Libre Echange Nord-Américain), qui implique les Etats-Unis, le Canada et le Mexique et qui avait été approuvé le 17 décembre 1993. Le traité est censé sanctionner l’entrée du Mexique dans la cour sélecte de grandes puissances. Il est censé marquer également la fin de l’histoire pour les Mexicains. Alors, tout d’un coup, dans un Etat agricole pauvre — dont la population risque de ne plus pouvoir cultiver l’aliment des ancêtres, le maïs, remplacé par les produits transgéniques américains — isolé, adossé au Guatemala (658 km de frontières communes), peuplé par 3,2 millions d’habitants dont 900 000 Indiens, fait son apparition un phénomène nouveau qui semble contredire l’optimisme du discours officiel.

Le premier janvier est également une date symbolique. Il marque le début d’un nouveau cycle, d’une nouvelle étape. Mais avec l’irruption de l’EZLN, c’est la fête à l’envers, à l’opposé des réjouissances officielles, pour qui cette date impliquait le renouveau, mais aussi paradoxa-lement la continuité, dans la mesure où le Parti Révolutionnaire Institutionnel (PRI) se pérennisait au pouvoir. [2] Car cette année 1994 est une année d’élections présidentielles, et le PRI entend continuer à régner. Il est prêt à tout pour garder le pouvoir, quitte à avoir encore recours de manière outrageuse à la fraude électorale. En 1988, Carlos Salinas de Gortari avait battu le candidat dissident du PRI et fondateur du Parti Révolutionnaire Démocratique (PRD), Cuauhtemoc Cardenas, fils du général Lazaro Cardenas, président démocratique entre 1934 et 1940. L’opinion publique et les observateurs internationaux ont relevé de nombreuses irrégularités dans le scrutin. Des morts qui sortaient de leurs tombes le temps de glisser un bulletin de vote, des listes incomplètes dans les bureaux où le candidat dissident était majoritaire. Entre temps, à Chiapas, en 1976 le PRI a remporté les élections avec 97,7 % des voix, en 1982 avec 90,2 % et en 1988 avec 89,9 %, alors que le candidat local du “cardénisme” bénéficiait d’un large soutien de la population.

Ce premier janvier 1994, le Traité de Libre Échange est, en plus, un fait accompli. Les Etats-Unis, le Canada et le Mexique ne peuvent pas revenir en arrière. L’EZLN aurait pu faire son apparition en novembre, alors que le débat sur l’opportunité de l’accord battait son plein aux Etats-Unis, où Ross Perot s’opposait farouchement au projet du président Clinton. Le 17 novembre 1993, jour où le Congrès adopta ce projet coïncidait avec le dixième anniversaire de la création de l‘EZLN. Ou encore en décembre, lorsque les trois pays allaient ratifier le traité. Mais ce fut le premier janvier…

Dans ce travail de décodage, il convient de s’attarder ensuite sur le nom revendiqué par le nouveau mouvement : Armée Zapatiste de Libération Nationale. Zapata (1879-1919), l’un des héros de la Révolution Mexicaine, le premier et peut-être plus important mouvement populaire du XXème siècle en Amérique latine (dans son premier article sur le conflit, le journal espagnol El Pais titre le 3 janvier, dans un encadré à la une, accompagné d’une photographie d’un hélicoptère de l’armée : « Des centaines de rebelles indiens appliquent la loi de Zapata dans le sud du Mexique »). Zapata fait partie du panthéon laïque des Mexicains, à côté des révolutionnaires indépendantistes, les prêtres Hidalgo et Morelos, du président indien zapotèque qui a résisté à l’occupation française, Benito Juarez, de l’autre révolutionnaire, Pancho Villa, et du dernier président mexicain à avoir représenté les revendications populaires, Lazaro Cardenas[3] En arborant le nom de Zapata, l’EZLN prétend s’inscrire dans l’Histoire, dans une tradition de soulèvements du peuple[4] de lutte armée contre les injustices incarnées par les gouvernements, que ce soit celui de Porfirio Diaz en 1910 ou celui de Carlos Salinas de Gortari en 1994. C’est dire la portée nationale que l’organisation souhaite atteindre et qui apparaît déjà dans son nom. Mais en même temps, ce nom évoque irrésistiblement les nombreux mouvements armés qui, influencés par le succès de la guérilla cubaine en 1959, ont tenté, dès les années 60, de renouveler cette expérience, sans résultats positifs, dans la plupart des pays latino-américains — y compris le Mexique[5]. Dans ce sens, alors que dans ces années 90, partout ailleurs, les secteurs progressistes refusaient l’option de la lutte armée, l’EZLN semblait nager à contre-courant.

Qui pouvait défendre ces idées qui semblaient dépassées ? Dès le début, il est question de connaître les motivations et l’identité des dirigeants et des membres de cet EZLN. Le 5 janvier, Le Figaro titre à la une, photo à l’appui, « Le mystère de San Cristobal » ; Le Monde, dans son premier article sur l’insurrection, paru aussi à la une de l’édition du 4 janvier, parle d’un « mystérieux groupe » ; Patrice Gouy (L’Evénement du Jeudi, 13/1) évoque une « armée irréelle ». Au Mexique, Paco Ignacio Taibo II parle, quant à lui, « des armées issues du néant ». Les communiqués de presse du gouvernement Salinas de Gortari essaient de donner des explications qui ne le laissent pas dans une situation trop inconfortable et évoquent la présence de révolutionnaires étrangers, notamment des Guatémaltèques (après avoir prétendu arrêter Jess Sanchez, qui serait l’un des chefs de l’EZLN), tandis que d’autres sources journalistiques de la capitale mexicaine (Excelsior) élargissent la liste aux Salvadoriens et Nicaraguayens, voire aux Guatémaltèques (un communiqué de l’Union Révolutionnaire Nationale Guatémaltèque, diffusé le 4 janvier à Mexico, dément la participation du mouvement à Chiapas). Le gouvernement s’exerce dans la désinformation, et le 5 janvier, Le Figaro cite « un haut responsable exigeant l’anonymat » qui dénonce la présence « d’éléments centraméricains et de groupes armés, principalement guatémaltèques, dans le conflit. L’entraînement de ces hommes, leur discipline et leur logistique tendent à le montrer ». Le président Salinas affirme dans un discours diffusé par la télévision la nuit du 7 janvier que l’insurrection a été encouragée « par un groupe étranger ». Le 8 janvier, El Pais lance l’hypothèse de la présence dans le Chiapas de membres du groupe terroriste péruvien Sentier Lumineux. A Managua, le 9 janvier, le quotidien conservateur, La Prensa, affirme que le chef des rebelles, le “commandant” Marcos, s’est forgé une solide expérience en combattant aux côtés des hommes du Front Sandiniste de Libération Nationale, qui a fait chuter le dictateur Anastasio Somoza en juillet 1979. L’Église progressiste de Chiapas est également l’objet des attaques du gouvernement. On accuse l’évêque Samuel Ruiz, proche de la Théologie de la Libération, d’être l’un des chefs du mouvement. L’archevêque de Mexico, Ernesto Corripio Ahumada doit prendre la défense de Ruiz et exige du gouvernement de « présenter des preuves » de la culpabilité de l’évêque chiapanèque.

Les hypothèses fusent, et cachent parfois des intentions politiques. En premier lieu, on hésite entre un mouvement spontané, conséquence de la misère et de l’exploitation généralisée dont les Indiens sont victimes depuis des siècles, ou un mouvement organisé, avec un programme politique, et qui vise à prendre les rênes de la Nation. Pour ce qui est des soldats de cette nouvelle armée, les images de la télévision et les témoignages, en revanche, laissent dès le départ peu de doute : les soldats sont bel et bien des Indiens, on est bel et bien devant un mouvement enraciné dans la paysannerie et la vie communautaire[6]. A Mexico, le journal de gauche La Jornada — le seul de la capitale à avoir consacré la une à ces événements et à avoir envoyé sept journalistes sur le lieu des faits — évoque les “paliacates” et les “huaraches[7] que portent les insurgés, à côté des passe-montagnes[8], tennis et casquettes d’équipes de base-ball américaines. A Paris, La Croix titre le 4 janvier : « La révolte des Indiens oubliés ». Alors que dans les années 70 le président Echeverria avait annoncé dans un élan d’euphorie l’intégration définitive des indigènes à la Nation, les Tzeltales, Tzotziles, Choles et Tojolabales du Chiapas venaient le contredire pour occuper le devant de la scène, vingt ans plus tard.

On remarque également la présence, dans les rangs des révoltés, des femmes et des enfants, tous armés, et l’on évoque l’espagnol hésitant des Indiens au moment de lire des communiqués ou de répondre aux questions des journalistes : « “Vinimo” de aqui porque no aguantamos a ellos, ve, el ejercito que persigue “a nosotro”. “Vinimo” a la guerra ». En y prêtant attention, on entend parfois une autre diction, celle des militants à la langue maternelle espagnole, aux yeux clairs, venus de la capitale ou du nord du pays, et qui sont rapidement signalés comme étant les meneurs du mouvement.

Les spécialistes du Chiapas, les anthropologues et les chercheurs sur l’Eglise — dans une région où l’action progressiste de l’évêque Samuel Ruiz Garcia a été l’objet de controverses et des critiques de la part des conservateurs —, les journalistes du quotidien de San Cristobal, El Tiempo, sont sollicités comme jamais ils ne l’avaient été dans le passé. L’avidité pour recueillir des informations, et en particulier de la part des Mexicains eux-mêmes, témoigne de l’oubli et de l’indifférence dans lesquels a été plongée cette région depuis des siècles. Les livres de Rosario Castellanos, de l’Allemand B. Traven ou de l’Italien Pino Cacucci, qui retracent la situation de l’Etat de Chiapas et de ses populations, sont découverts par un public curieux. D’autres lecteurs ratissent encore plus large, et dépoussièrent les vieux textes du XVI° siècle du frère dominicain Bartolomé de las Casas, qui dénonçait déjà les violences et les exactions sur les Indiens.

Ce n’est que peu après qu’on prendra connaissance des communiqués de l’EZLN, à travers le téléfax et le web[9], ce qui fera ironiser le ministre des Affaires Etrangères, le premier à parler d’une “cyber-guerre” ou encore d’une “guerre en papier” (opinion en partie reliée par Octavio Paz, qui s’attardera sur l’exploitation publicitaire de leur image orchestrée par les zapatistes). On découvrira ainsi par l’intermédiaire du Département de Presse et Propagande de l’EZLN un texte au titre inhabituel dans les milieux politiques, signé par le sous-commandant Marcos en août 1992 et qui sera reproduit partout dans le monde : « Chiapas : le Sud-Est en deux vents, un orage et une prophétie »[10]. On découvrira également le premier communiqué des zapatistes placardé à San Cristobal de las Casas et le cri “¡Ya basta!” (“Aujourd’hui, nous disons : Ça suffit”). Entre temps, l’hebdomadaire mexicain Proceso met sur sa couverture la photo du sous-commandant, avec sa pipe et son passe-montagne qui deviendront emblématiques (mythification vite relayée en Europe : « Le Mexique effrayé par les yeux verts du commandant Marcos », écrit L’Événement du Jeudi, (n° 480, 13 janvier 1994), tandis qu’une photo du chef zapatiste avec son passe-montagne apparaît dans El Pais du 5 janvier, pour illustrer une interview réalisée par Roger Gutierrez Diaz à San Cristobal, le premier janvier (« C’est la faim et la misère qui nous poussent à agir »). Le 7 janvier, l’armée arrête et interroge pendant huit heures, avant de le libérer, un jeune biologiste vénézuélien aux yeux verts, accusé d’être Marcos…

La guerre des communiqués, de l’information et de la contre-information, recommence de plus belle. Les chiffres des forces engagées sont naturellement contradictoires. Pour ce qui est du nombre d’insurgés, les données sont variables : pour le gouvernement, qui met rapidement en route son appareil de propagande, il s’agit de quelques centaines et l’information est confirmée par les agences de presse, comme France-Presse (AFP), Reuter ou Associated Press (AP) (El Pais du 3 janvier relève la contradiction : 2 000 rebelles selon les journalistes sur place, 400 selon le gouvernement ; les dépêches du 4 janvier de l’agence espagnole EFE estiment les forces zapatistes entre 600 et 2 000 hommes). Mais peu à peu les chiffres deviennent, eux aussi, polémiques, en particulier quand on apprend que l’armée a envoyé plus de dix mille soldats et que les Forces Aériennes Mexicaines (FAM) bombardaient les alentours des localités occupées et la forêt lacandona, où se cacheraient les insurgés. En fait, pour mener à bien une guerre de ce type — soit une “guerre de basse intensité” —, l’armée révolutionnaire doit compter sur un soutien très large de la population, pour se replier et pouvoir rebondir rapidement. On parlera, plus tard, de 3 000 soldats (La Croix) et de 10 000 miliciens. Marcos précise : « 4 500 combattants en première ligne (…) ainsi que 2 000 réservistes »[11].

Dès le 5 janvier, les zapatistes commencent à répondre aux informations officielles. En ajoutant à la signature un suggestif « depuis quelque part dans les montagnes du Sud-Est mexicain », le Comité Clandestin Révolutionnaire Indigène, sorte de bras politique de l’EZLN, et le Commandement Général, apportent des précisions pour contredire les données communiquées par l’armée sur des événements concernant la Croix-Rouge et la presse. Mais c’est incontestablement le communiqué du 6 janvier qui donne le plus d’éclaircissements sur la nature du mouvement et sur les premiers combats.

Dix jours de manœuvres et découvertes

Mais avant d’analyser ces communiqués rendus publics à partir du 1er janvier, il convient d’évoquer les réactions de la classe politique mexicaine et de la population durant ces dix premiers jours.

L’effet de surprise a incontestablement joué sur le gouvernement et explique, en partie, son apathie au début du conflit. On a beaucoup spéculé sur les informations dont disposait le gouvernement Salinas sur le zapatisme. Certains indiquent qu’il était au courant de la gravité de la situation, de l’imminente apparition publique du EZLN (Georges Couffignal, interview à L’Événement du Jeudi, n° 480), mais que les contraintes du calendrier électoral et l’importance de l’entrée en vigueur des accords de l’ALENA — et ses enjeux politiques et économiques — lui ont fait jouer la carte de la discrétion. Il est possible aussi que, pour des raisons de convenance politique, les représentants locaux du parti au pouvoir aient minimisé la gravité explosive de la situation. Cependant, dans l’entourage de Salinas on retrouve de grands connaisseurs du Chiapas, d’anciens militants maoïstes tels qu’Adolfo Orive, qui a fait l’essentiel de sa carrière politique dans les organisations paysannes de l’Etat du sud-est, et qui a été considéré par certains dirigeants zapatistes — le commandant Tacho en particulier — comme un probable infiltré du gouvernement. De plus, l’hebdomadaire Proceso, dès l’année précédente, signalait la présence d’un mouvement de guérilla dans la région (voir les numéros 866, 877, 880 et 881) et faisait état de chocs avec l’armée gouvernementale[12], ou de la découverte d’un camp d’entraînement de la guérilla dans la Sierra de Corralchen. Un communiqué du Ministère de la Défense du 31 mai 1993 était moins explicite : il parlait de chocs de soldats avec un groupe qui « réalisait des activités illégales » (El Pais du 4 janvier 94).

Dans ces dix premiers jours, le gouvernement n’est pas uniquement apathique, mais aussi surpris par l’irruption de l’EZLN, et surtout par la portée médiatique qui s’est accrue au fil des jours autour du mouvement et qui menaçait les projets du PRI. Déjà dès les premiers jours, l’Ambassade américaine avait dépêché cinq de ses fonctionnaires en mission sur place, pour « y étudier la situation » (Le Monde, 5 janvier)[13], tandis que le conservateur Ross Perot, farouchement opposé à la signature de l’ALENA se frottait les mains. Les médias américains vont témoigner aussi de l’intérêt suscité par l’événement, à tel point que Vanity Fair et la célèbre émission 60 Minutes consacreront de longs reportages au zapatisme…[14]. En Espagne, l’opinion publique s’en prend à Octavio Paz, auteur d’une tribune d’opinion (El Pais, La Jornada) dans laquelle il critique l’option zapatiste[15]. Qui plus est, le gouvernement Salinas se trouve dans une situation fort contradictoire : alors que la diplomatie mexicaine soucieuse d’indépendance vis-à-vis du voisin du Nord soutient depuis des décennies les mouvements armés latino-américains, il se voit confronté dans ce premier mois de 1994 à une guérilla sur son propre territoire !

Tout cela explique les changements successifs d’orientation de l’administration (« Le Gouvernement applique la politique du bâton et de la carotte », titre El Pais du 7 janvier). Après les hésitations du début, la première réponse concrète est la répression féroce (le bilan des victimes s’est alourdi petit à petit, pour atteindre environ trois cents morts)[16]. Douze mille soldats, soit le cinquième des forces de l’armée, jeeps équipées de mitrailleuses, hélicoptères, chars, camions, sillonnent la région, tandis que les Forces Aériennes Mexicaines bombardent des villages indiens. Les paramilitaires armés par les éleveurs de bétail de Tuxtla Gutierrez et les exploitants de café et de cacao de San Cristobal se mettent de la partie, côte à côte avec l’armée. Les fusils calibre 22, les bâtons ornés de clous et, de temps en temps, un AK, des indigènes contrastent avec les G3 allemands de l’armée officielle. Des informations faisant état d’exécutions sommaires de guérilleros — en particulier à Ocosingo — commencent à circuler. Cela dit, à Mexico, le 6 janvier, El Dia n’hésite pas à rejoindre la guerre psychologique entamée par le gouvernement en publiant en couverture une photo d’indiens zapatistes équipés de talkies-walkies et fusils d’assaut, alors que le 5 janvier El Pais montrait une photo d’un indien zapatiste avec une lance.

A la stupeur, succède la mobilisation de la population qui multiplie les signes de sympathie envers le mouvement. Mais cette adhésion se veut essentiellement pacifiste. Elle critique le gouvernement, jugé responsable de la situation, mais souhaite la négociation et la paix, la démocratie. Le point culminant de cette première prise de position sera l’énorme manifestation qui réunit, le 12 janvier, cent cinquante mille personnes sur la place du Zocalo de Mexico, devant le Palais Présidentiel. Les manifestants scandent “Premier Monde, ha ha ha !”. Le principal membre de l’opposition, Cuauhtémoc Cardenas, tout en reconnaissant la légitimité des revendications zapatistes, lance lui aussi un appel à la paix, tandis qu’un groupuscule d’extrême-gauche, le Parti Révolutionnaire Ouvrier Clandestin – Union du Peuple (PROC-UP), réalise quelques attentats dans des Etats de Mexico, Michoacan et Puebla (attribués par erreur, au début, à l’EZLN). L’Eglise régionale, fidèle à son engagement, rappelle par l’intermédiaire de l’évêque de Tapachula (Chiapas), Felipe Arizmendi, que la prise des armes par les indiens est « un acte de désespoir de la part d’une population qui ne voyait plus d’autre issue pour sortir de la misère ». L’évêque de San Cristobal, Samuel Ruiz, est sollicité par la presse nationale et internationale (voir par exemple l’hebdomadaire italien L’Espresso, n° 3, du 21 janvier, « In nome di Dio et della fame », interview par Maurizio Bardi) et multiplie ses appels à la négociation.

Les intellectuels, eux, soutiennent presque majoritairement le mouvement zapatiste. Carlos Monsivais, Carlos Montemayor ou Antonio Garcia de Leon[17] font entendre leur voix, alors qu’un groupe d’intellectuels de Chiapas rappelle dans une déclaration reproduite dans la presse que Chiapas est encore en 1994 le berceau du racisme et de la discrimination économique, que la Réforme Agraire votée dans la Constitution de 1917 n’y a jamais été appliquée (à l’exception de quelques réformes sous le gouvernement Cardenas, plus d’un demi-siècle plus tôt). Le 6 janvier, plusieurs intellectuels, dont notamment Carlos Fuentes, José Emilio Pacheco, Carlos Monsivais et Elena Poniatowska, demandaient l’arrêt des attaques des FAM. Parmi les intellectuels qui se posent des questions concernant l’authenticité de l’EZLN, il y une voix discordante de taille : le grand poète et prix Nobel (1990) Octavio Paz, qui, dans une tribune d’opinion publiée dans La Jornada (23 et 24 janvier), craint qu’à cause de cette révolte, le Mexique ne puisse pas faire son entrée dans le club sélect des pays modernes.

Le gouvernement Salinas est déconcerté devant ces indigènes qui l’accusent d’être un “dictateur”, qui demandent sa démission, et qui revendiquent leur appartenance à la Nation tout en arborant leur différence. D’abord, dans un premier message au pays, le 6 janvier, il nie le caractère indien du mouvement et parle de pardonner à ceux qui déposeraient les armes tout en poursuivant l’offensive militaire[18]. Ensuite il change d’orientation et propose la négociation, et le 12 janvier décrète de manière unilatérale le cessez-le-feu. Les partisans de la “ligne dure” reculent et le président procède à des remaniements significatifs de son équipe ministérielle. Le 10, il remplace le ministre José Patrocinio Gonzalez Garrido par Jorge Carpizo. La mesure peut être interprétée comme un “geste” vis-à-vis des révoltés : Patrocinio — appelé “Latrocinio”, soit “vol” ou encore “effraction” par les chiapanèques —, ancien gouverneur corrompu de Chiapas, était considéré comme l’un des architectes de la répression. On assiste aussi au retour sur la scène politique du candidat perdant à la succession de Salinas, Manuel Camacho Solis[19], qui est nommé médiateur pour la paix.

Dans ce cadre, les premiers documents de l’EZLN acquièrent toute leur dimension. Le premier, le “¡Ya Basta! ”, est adressé aux “frères mexicains” et tente de situer le mouvement dans une logique de l’Histoire, qui démarre il y a cinq cents ans (“de luttes”), alors que le souvenir des manifestations contre la célébration du cinquième centenaire de la découverte des Amériques est encore frais[20]. Ce “¡Ya Basta!” revendique en particulier les figures de Villa et Zapata, Hidalgo, Morelos et Guerrero, et trouve la justification à sa déclaration de guerre au gouvernement dans la Constitution. Ce communiqué du premier janvier recopie textuellement l’article 39 : « La souveraineté nationale réside essentiellement et originellement dans le peuple. Tout pouvoir public émane du peuple et ne s’institue qu’au profit de celui-ci. Le peuple possède, de tout temps, le droit inaliénable de modifier ou de changer la forme de son gouvernement »[21]. La déclaration de guerre est aussi un appel lancé aux Mexicains pour rejoindre les rangs de l’EZLN, et indique ainsi la portée nationale qu’il prétend donner au mouvement. Il énumère alors quelques objectifs clairs (et anticipés dans le numéro 1 de l’organe de presse du groupe, Le réveil mexicain, de décembre 1993) : du travail, une terre, un toit, le droit à l’alimentation, la santé, l’éducation, l’indépendance, la liberté, la démocratie, la justice, la paix. Le communiqué du 6 janvier, « Précisions sur l’EZLN et conditions d’un dialogue », semble montrer une prise de conscience, de la part du mouvement, de l’ampleur suscitée par son apparition. En effet, il est adressé « au peuple du Mexique » et en même temps « aux peuples et gouvernements du monde ». Il s’attarde longuement sur les origines du mouvement, et répond aux accusations du régime. Il dément la présence d’étrangers dans ses troupes et les liens avec les autorités religieuses catholiques, il explique la nature de l’armement dont il dispose, et affirme le caractère indigène de l’insurrection. Il pose ensuite les conditions pour parvenir à une “concertation” avec les autorités qui doit déboucher sur la création d’une “ Commission nationale de médiation ”. Il demande également au gouvernement américain de suspendre la coopération avec les autorités mexicaines[22]. Soucieux d’une information objective, il donne des chiffres concernant les morts et blessés dans les combats contre l’armée fédérale, et lance un appel au peuple pour soutenir la lutte zapatiste.

Un autre texte auparavant évoqué, Chiapas : le Sud-Est en deux vents, un orage et une prophétie, est surprenant et annonciateur de la rénovation politique incarnée par l’EZLN. Rédigé par Marcos — qui dès ses premières déclarations à la presse à San Cristobal souligne sa condition de “ sous ”-commandant et refuse d’être le chef du groupe —, ce document est fondamental. Il redéfinit le langage politique d’une gauche devenue trop conformiste et très officielle et dépasse largement ses premiers objectifs. Sans le savoir, le zapatisme allait devenir le fer de lance de la résistance planétaire.

Ces premiers jours on assiste aussi à une autre transformation décisive : l’EZLN change de stratégie sur la marche. Certains ont cru voir dans ce revirement un manque d’objectifs politiques précis dans un cocktail qui mélangeait nationalisme, léninisme, guévarisme, etc. D’autres, en revanche, ont mis en évidence la perméabilité du mouvement qui, toujours à l’écoute du peuple, a accepté d’éviter un choc frontal — qui lui aurait été par ailleurs fatal face à une armée moderne — pour jouer le jeu de la négociation et de la paix. De la même manière, plus tard, l’EZLN acceptera la demande de la société civile mexicaine de devenir une force politique[23] et organisera des consultations démocratiques pour fixer son orientation. L’idée initiale de “marcher” sur la capitale est abandonnée, mais ces mobilisations se feront également, mais sous la forme de longs parcours pacifistes[24]. Il semble incontestable, également, que le zapatisme a largement contribué à la démocratisation de la société mexicaine, à la prise de conscience du racisme et de la discrimination, au respect du droit des femmes[25].

Car dix ans après, dix ans déjà, ce mouvement né dans les profondeurs d’une région qui semblait condamnée à l’oubli est connu dans le monde entier. Les communiqués, les déclarations de la forêt lacandona dont beaucoup ignoraient l’existence avant le premier janvier 1994, ont été traduits partout dans le monde, dans des langues insoupçonnées par ces Indiens insurgés, comme le grec ou le persan. Mais cela n’est qu’une illustration de la portée du zapatisme, qui allait devenir, toujours malgré lui, une authentique source d’inspiration pour les mouvements anti-mondialisation, anti-néolibéralisme. Pour l’alter-mondialisme.

« Au Mexique, aux Etats-Unis et en Europe, des trotskistes, des anarchistes, des féministes, des autonomistes de diverses causes reportent sur le zapatisme, les catégories et les espoirs déçus de révolutions avortées ou de mouvements en panne de sens. Mais plus significative est l’attraction qu’exercent les zapatistes sur des jeunes sans passé militant ainsi que sur des milieux de la culture, réfractaires aux pratiques et aux discours d’appareils »[26].

Il est aussi indéniable que le mouvement a eu un fort impact dans la politique mexicaine. Il a renforcé le débat sur la démocratisation du système politique et de la société, a largement contribué à la prise de conscience sur les droits indigènes et sur les droits de la femme, sur la nécessité de trouver de nouvelles formes d’organisation contre les injustices.

En fait, au-delà des clivages, dix ans après son irruption inattendue, le zapatisme est toujours une source d’inspiration pour réinventer la politique. Et peut-être, dans quelques années, dans un monde meilleur, des petits-enfants demanderont à leurs grands-parents : « Qu’avez-vous fait le premier janvier 1994 ? ».

Notes:

* Université de Rennes 2.

[1] Primavera pospuesta.Una vision personal de Mexico en los 90, Mexico, Joaquin Mortiz, 1999, p. 149.

[2] Le PRI est issu de la révolution déclenchée en 1910. En 1928 ses dirigeants ont créé le Parti National Révolutionnaire. En 1937 Lazaro Cardenas adopta le nom de Parti de la Révolution Mexicaine, puis en 1946 le président Miguel Aleman lui donna son nom actuel de Parti Révolutionnaire Institutionnel.

[3] Daniela Minerva, journaliste à l’hebdomadaire italien L’Espresso, cite dans le premier article publié sur l’EZLN (« Dentro il vulcano », n° 2, 14 janvier 1994) quelques noms vénérés par les Mexicains : Pancho Villa, Emiliano Zapata, Lazaro Cardenas et… la Vierge de Guadalupe.

[4] L’envoyé spécial de L’Express titre : « Les enfants oubliés de Zapata » (n° 2 219, du 13 au 19 janvier 2004). Dans une interview publiée dans Le Point (n° 1 112, 8 janvier 1994), Bernard Oudin parle « d’une révolte inspirée de Zapata ».

[5] Nous faisons allusions en particulier aux expériences de Lucio Cabañas (dans l’Etat de Guerrero), de Genaro Vasquez (Guerrero) et de Ruben Jaramillo (Morelos) dans les années 50-70. Cf. Carlos Montemayor, La guerrilla recurrente, Ciudad Juarez, Universidad Autonoma (à paraître).

[6] En France, alors que la scène politique nationale est occupée par la cohabitation Mitterrand – Chirac et les pages étrangères par le conflit à Sarajevo, le correspondant de La Croix au Mexique, Francis Pisani, pose rapidement les questions essentielles autour du zapatisme. Alors que les 1, 2 et 3 janvier, le quotidien avait analysé l’importance de la paix au Salvador, dès le 4 les analyses concernant le conflit de Chiapas se succèdent. Le 4 et le 5 l’information fait la une. Le 8, l’on cite le spécialiste André Aubry et l’on évoque le “¡Ya Basta!” pour la première fois. Le 12, un article sur Chiapas côtoie un reportage sur le maire de Neuilly, Nicolas Sarkozy, sous le titre « Un séducteur au pays des merveilles ».

[7] Respectivement, foulards aux couleurs vives et sandales traditionnelles des Indiens et paysans métis.

[8] Le 6 janvier, Marcos explique dans une interview publiée dans La Jornada les raisons pour lesquelles les insurgés portent des masques : « …il faut faire attention à ce qu’aucun d’entre nous n’essaie d’être le leader du mouvement (…) Il s’agit d’être des anonymes, non pas parce que nous avons peur de nous-mêmes, mais pour éviter d’être corrompus par le pouvoir ».

[9] Aujourd’hui, le zapatisme a une station de radio (Insurgente) et une revue, Rebeldia. Les communiqués, interviews et d’autres documents peuvent être consultés sur le site officiel : http://www.ezln.org

[10] Reproduit dans : Sous-Commandant Marcos, ¡Ya Basta!, tome 1, Paris, Editions Dagorno, 1996, p. 38-61.

[11] Préface à Gloria Muñoz Ramirez, El fuego y la palabra, Mexico, éd. La Jornada y Revista Rebeldia, 2003.

[12] Certains de ces affrontements avaient été évoqués par le gouvernement comme étant des combats contre des trafiquants de drogue.

[13] Au cours de ces dix dernières années, le gouvernement mexicain a été très embarrassé par l’impact international du mouvement zapatiste, qui s’est traduit par la présence au Mexique de nombreuses personnalités pour soutenir l’EZLN (José Saramago, Susan Sontag, Danielle Mitterrand, Olivier Stone, Manu Chao, etc.). Des milliers de militants ont également fait le voyage. Des pressions de gouvernements étrangers qui demandaient le respect des droits de l’homme ont terni l’image de marque du gouvernement.

[14] Pour ce qui concerne les répercussions dans la presse américaine, voir Aurelio Collado, El zapatismo en los medios norteamericanos : la revuelta posmoderna, master de l’ITESM, Universidad de Monterrey, 1996.

[15] Voir à ce sujet le témoignage du philosophe Leopoldo Zea, qui se trouvait en Espagne lors de la deuxième semaine du conflit de Chiapas (« Chiapas, yunque de Mexico para Latinoamerica », Cuadernos Americanos, n° 43, VIIIème année, vol. 1, Mexico, janvier – février 1994, p. 11-42). Il convient de rappeler qu’en 1968, comme réponse à la violente répression des étudiants à Tlatelolco, Octavio Paz avait démissionné de son poste d’ambassadeur en Inde. En ce qui concerne l’opinion de Paz sur le EZLN, voir El Pais du 7 janvier, La Jornada du 23 et 24 janvier 1994 et Vuelta, n° 204, 205 et 206, février à avril 1994.

[16] Des observateurs d’Amnesty ont dénoncé rapidement les violences dont l’armée est rendue responsable (cf. La Chronique d’Amnesty International, n° 87, février 1994).

[17] Auteur en 1985 d’un livre prémonitoire : Resistencia y utopia. Memorial de agravios y profecias acaecidas en la provincia de Chiapas durante los últimos quinientos años de su historia.

[18] Cette déclaration de Salinas fera l’objet d’une longue réponse de Marcos, le 18 janvier, « Que veulent-ils nous pardonner ? ».

[19] Il est de tradition que le président en exercice désigne son propre successeur au sein du PRI. La lutte des tendances tournera en faveur de Luis Donaldo Colosio au détriment de Camacho. Colosio sera mystérieusement assassiné en avril 1994. Le choix de Salinas se portera alors sur Ernesto Zedillo en juin de la même année.

[20] L’année 1992 est décisive pour comprendre les orientations politiques futures de l’EZLN. Yvon Le Bot souligne trois événements : en mars-avril la marche “Xi’nich” (la fourmi) de plusieurs centaines d’Indiens Chol depuis le nord de Chiapas à Mexico, pour exiger le respect de leurs droits ; une série de manifestations indigènes au Chiapas, et en particulier le 10 avril, anniversaire de la mort de Zapata; puis la réforme de l’article 27 de la Constitution, approuvée en 1992, qui sanctionnait la fin de la réforme agraire et l’autorisation de vendre les terres des communautés.

[21] « La soberania nacional reside esencialmente y originariamente en el pueblo. Todo poder publico dimana del pueblo y se instituye para beneficio de este. El pueblo tiene, en todo tiempo, el inalienable derecho de alterar o modificar la forma de su gobierno ».

[22] Le 7 janvier, l’organisation humanitaire américaine America Watch a demandé au président mexicain de s’abstenir de violer les normes internationales en matière de droits de l’homme (El Pais du 8 janvier).

[23] L’écrivain Carlos Monsivais regrettait récemment dans un article publié dans Proceso et reproduit dans Courier International (n 688, 8-14 janvier 2004, p. 32) le manque de souplesse de l’EZLN : « après l’échec de la Loi Indigène (…) le zapatisme — et c’est là qu’intervient ma critique — s’est replié sur lui-même et certaines des déclarations {de Marcos} me paraissent irrecevables. Quel est l’avenir de l’EZLN ? En bon prophète, je l’ignore totalement. Je crois que dans une large mesure, il dépendra du dialogue avec la société civile nationale et internationale, et de sa volonté de devenir un mouvement ou un parti régional » (c’est nous qui soulignons).

[24] En décembre 2000, la direction politique de l’EZLN décide d’organiser une marche sur la capitale, afin de rencontrer le candidat victorieux des élections qui ont mis fin au règne du PRI, Vicente Fox (Parti d’Action Nationale). En février – mars 2001 les zapatistes marchent sur Mexico.

[25] Discours du sous-commandant Esther devant les députés, le 28 mars 2001. Pour ce qui concerne la liberté de presse au Mexique, le chemin à parcourir est encore long. Néanmoins, Leopoldo Zea voyait des signes encourageants dans le fait que peu après le début du conflit la très officielle chaîne Televisa eût pu faire une émission en direct avec les rebelles dans les Altos du Chiapas (rappelons que le 8 janvier 1994 des journalistes ont défilé dans les rues de San Cristobal, un bâillon autour de la bouche). Dans un article de La Jornada (8 janvier 2001), Monsivais affirmait qu’avant le premier janvier 1994, la question indigène n’avait jamais été étudiée avec autant de rigueur.

[26] Yvon Le Bot, Sous-commandant Marcos, Le rêve zapatiste, Paris, Seuil, 1997, p. 98.

 

 

 

 

 

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