Le dossier Guacimal-Cointreau : des raisons et du droit le plus entier des travailleurs

Batay Ouvriye*

 

117Le différend qui oppose les travailleurs de la plantation Guacimal S.A. avec la direction de cet établissement a atteint le stade de conflit ouvert. Il y a même des blessés ; il y a de l’humiliation profonde dans l’air.

La direction multiplie les manœuvres pour essayer d’opérer un rétablissement devant cette situation qui met clairement à nu sa mauvaise foi et son illégalité flagrante. La réalité est que cette direction tâche de masquer l’exploitation sans borne qu’elle pratique depuis toujours et la conséquente irrégularité qui accompagne chaque fois ses démarches ponctuelles auprès des autorités qui s’y prêtent ainsi que son fonctionnement global.

1 – La Plantation Guacimal S.A.

L’acquisition des terres

La plantation Guacimal S.A. est située à la Xème section communale de St. Raphaël. Elle occupe environ 400 carreaux de terres plantées en oranges amères pour la production de la maison Cointreau, en France ; ces écorces rentrent dans la fabrication de la liqueur renommée du même nom. L’acquisition de ces terres commença en 1958 par M. Novella, par le truchement de M. Lebon.

Nous ne nous arrêterons pas, pour le moment, sur les spoliations (ouvertes ou cachées) qui ont accompagné ce processus initial. Nous retiendrons le fait, pour l’instant suffisant, que les acheteurs firent de nombreuses promesses à la population : les familles propriétaires des terres seraient les travailleurs sur la plantation d’oranges ; elles pourraient, d’autre part, continuer à jouir de la faculté de planter ces terres, à leur gré, durant l’intersaison, pourvu que les plantations des vivres choisies ne nuisent pas à l’exploitation des oranges. Enfin, la direction s’engageait à procurer canalisations d’eau pouvant faciliter cette dite agriculture, routes permettant l’acheminement des marchandises, écoles, dispensaires !

Comme nous le verrons plus loin, ces derniers engagements ne furent jamais respectés. En fait ils servaient à masquer l’agressivité des acquéreurs et l’exploitation radicale qui allait suivre bientôt. Ces données nous furent transmises par les travailleurs de la plantation eux-mêmes, mais aussi par d’autres travailleurs de la zone qui ont également souffert de ces actions déstabilisatrices (dont, en particulier, le CASEC de la région). C’est sur la base de ces promesses que les paysans ont accepté de céder leurs terres.

Le travail

Faisant suite à la mise en terre des plants au tout début, le premier stade des opérations réalisées chaque année est la cueillette des oranges. Elle est effectuée par des familles de paysans (en ce sens que, si aujourd’hui travaille le mari, demain peuvent le faire de même les fils ou l’épouse, pourvu que le travail qui incombe à chaque famille soit réalisé). Ainsi il n’est enregistré qu’un seul nom à la direction quoiqu’à la connaissance de tous c’est le noyau familial qui est responsable du travail.

Une fois cueillies, les oranges, alors au sol, sont toutes ramassées, mises en caisses et transportées dans des camions qui les acheminent au Cap-Haïtien. Là, elles seront traitées, pour être finalement expédiées par bateau à la compagnie Cointreau.

Pour le moment, nous ne nous arrêterons pas sur le fait que cette cueillette s’effectue sans la moindre protection pour les travailleurs, ni, encore, que les caisses se détériorent d’année en année et que ce sont toujours les travailleurs qui prennent sur eux de les rafistoler tant bien que mal ; ni, toujours, que les fameux “contrôleurs” s’arrangent pour, au champ, faire remplir outre mesure ces caisses qui, une fois arrivées au Cap  doubleront de quantité et que ce sont donc ces “contrôleurs” qui empocheront la différence et que la direction est au courant de ce trafic, s’en servant pour maîtriser les intentions de ces intermédiaires.

Nous retiendrons, par contre, que ces travailleurs ne sont pas des “jobbeurs” (occasionnels) comme la direction veut le faire comprendre. Ce sont ces mêmes qui, par contrat “verbal mais ferme” à I’achat des terres, d’année en année, et ceci depuis les débuts, opèrent la cueillette et, de surcroît, travaillent les champs (sarclage, arrosage et entretien général).

La Compagnie Cointreau, la direction Novella et les intermédiaires : exploitation et bénéfices

En plus des combines de bas niveau (qui cependant saignent encore plus les travailleurs) qu’effectuent les contrôleurs, il faut aussi ajouter le fait que les “watchmen” (sorte de police rurale placée par la direction) se sont petit à petit subtilement arrangés pour exiger des familles paysannes qu’elles leur rendent la moitié de leur récolte d’intersaison. Ce système archaïque des “deux-moitiés” a pu être instauré grâce aux manipulations qu’ont, au fur et à mesure, opérées ces watchmen appuyés par la direction qui les fait bien souvent accompagner de vrais policiers. Ces manipulations ont consisté à s’arroger le droit, transfert de générations aidant, de décider qui, d’année en année, pourrait jouir des meilleures terres pour les plantations d’intersaison. Ainsi, d’un contrat clair et limpide, la jouissance des terres en intersaison est devenue une faveur ! Qu’il faudra, bien sûr, payer.

Inutile de dire combien cela affecte la bourse des petits paysans travailleurs qui, malgré la rengaine de leurs vieux relatant que ceci n’était pas dans le contrat, se voient obligés de subir cette exaction additionnelle. Inutile de dire combien cela affecte le développement de la zone qui se voit ainsi saignée de ses bénéfices collectifs avec de pauvres travailleurs de plus en plus appauvris, incapables donc d’entreprendre quoique ce soit individuellement ou collectivement sur ces terres de plus en plus asséchées.

A cette incapacité, il faut ajouter le fait que la direction Novella n’a rien fait pour respecter ses fameuses promesses. Dans la zone, jamais il n’y a eu irrigation (quoiqu’une rivière abondante passe tout près), jamais il n’y a eu dispensaire, jamais il n’y a eu école, route adéquate, ni développement.

Mais il y a plus. Se refusant toujours à reconnaître l’existence même de travailleurs employés pour la cueillette des oranges amères, la direction Novella n’a jamais respecté ses devoirs de procurer boni, congés annuels, congés maladie ou de maternité, comme stipulé dans le Code du Travail. Il n’y a pas non plus de toilettes, pas de cafétéria, de salle de repos. Les ouvriers boivent de l’eau de puits sale et corrompue. les conditions de travail sont des plus exécrables, les rapports sociaux carrément esclavagistes. Point n’est besoin de comptabiliser dans le détail les bénéfices que cette direction fait en ne respectant pas ses devoirs envers les travailleurs.

La Compagnie Cointreau, si bien représentée dans le pays, empoche, elle, des bénéfices incommensurables. En effet, en 1999, ses profits annuels dépassaient les 55 millions de francs pour un chiffre d’affaires de 753 millions, ce bénéfice ayant encore augmenté d’environ 25 % en 2000.

2 – Le conflit

L’organisation des travailleurs et leurs revendications

Face à cette situation, les travailleurs de Guacimal, épaulés en cela par leurs confrères déjà syndiqués, ont mis sur pied leur organisation syndicale, le Syndicat des Ouvriers de Guacimal St Raphaël (S.O.G.S), appelé à défendre leurs intérêts bafoués. Leurs revendications, mis à part l’ajustement salarial, sont toutes prescrites par le Code du Travail. Encore que même les émoluments demandés sont réguliers selon l’Article 137 de ce Code.

Il est à noter que la direction Novella s’est toujours caractérisée par le non-respect flagrant et soutenu du Code du Travail. En témoignent les difficultés immenses qu’ont rencontrées les ouvriers de toutes les usines que dirigent les deux frères Zéphir dans le Nord d’Haïti (à Marnier-Lapostolle, Guacimal-Madeline, Desglaireaux) et représentants permanents de cette direction générale. C’est pourquoi, tout d’abord, ces syndicats informent toujours qu’il ne s’agit point de négociations mais plutôt de prescrits légaux qu’ont à respecter les dirigeants. Et même quand on les renseigne de manière précise sur leurs obligations, cinq ans plus tard (!) comme c’est le cas actuellement, la plupart d’entre elles demeurent lettre morte. Par exemple, le Syndicat des Ouvriers des Etablissements Novella même, depuis février 1997 (!), inventorie les obligations non respectées mais doit, jusqu’à présent, toujours se battre pour exiger cafétéria, dispensaire, eau potable, ventilateurs ! sans compter le manque de respect quotidien des employés intermédiaires, soutenus dans cette pratique par la direction.

La réaction de la direction

C’est donc dans leur plus pure tradition de domination, d’exploitation et d’humiliation constantes que la direction de Guacimal S.A. réagit aux revendications des travailleurs.

Ils commencèrent par se refuser même à recevoir ces revendications, allant jusqu’à décliner I’accès à leurs bureaux à la délégation de travailleurs qui les véhiculait. En même temps, une pression constante et soutenue était initiée sur les membres du Comité syndical, par l’entremise des watchmen, suivie par une pression sur tous les membres syndiqués au début de la saison de cueillette, leur déniant l’emploi cette année. Présentant que ceci n’était pas entendu au contrat, et devant le refus persistant de négocier, le syndicat enclencha un processus de grève. Les avertissements furent envoyés au Bureau des Affaires Sociales et à la Direction.

Malgré tout, la Direction continua de s’opposer aux négociations, allant même jusqu’à organiser, par l’intermédiaire du contrôleur, des briseurs de grève qu’ils envoyèrent chercher un peu partout dans les zones environnantes. Exaspérés, les ouvriers de l’établissement essayèrent de faire face à cette situation, en s’opposant à ce travail illégal. C’est alors que les watchmen, poussés par le contrôleur, attaquèrent à I’arme blanche (machette, « fwenn »), allant jusqu’à blesser le secrétaire du syndicat, M. Sintès Estime.

La saison se passa ainsi en dents de scie : certaines familles soudoyées, des travailleurs extérieurs amenés sur le champ, un contrôleur et des watchmen, par monts et par vaux, menaçant et passant invariablement à des actes répressifs caractéristiques ; par ailleurs, des oranges cueillies et ramassées toujours illégalement, des revendications naturelles jamais respectées ni même considérées.

Quand maintenant arriva la fin de saison, forts de leur avancée illégale jamais inquiétée, les dirigeants et sous-fifres décrétèrent alors carrément que les ouvriers syndiqués n’obtiendraient pas cette année de parcelle à travailler. Cette ultime décision, en plus d’être discriminatoire et de nature clairement anti-syndicale, est donc, considérant le Code du Travail, doublement illégale : elle fait définitivement fi du contrat entendu et de l’usage longuement consolidé. Finalement, elle entérine ainsi la mise au rancart de travailleurs et la destruction des vies de l’ensemble de cette population depuis toujours implantée sur ces terres.

Rôle de l’Etat

Les conditions de travail à la plantation Guacimal S.A. pour quiconque a visité cette exploitation, sont réellement abominables. En plus, risquées, elles sont finalement très nocives pour la santé. Des photos de ce dossier montrent la grande détérioration des mains des ouvriers et ouvrières, par les travaux de cueillette et l’acide des oranges. Le premier souci du syndicat fut donc de porter à la connaissance de l’Etat haïtien, en tant que responsable, la condition dans laquelle les maintenaient ces colons qui se veulent « entrepreneurs nationaux » ! (Les Zéphir, comme toute la bourgeoisie d’ailleurs, argumentent qu’ils « donnent du travail ». Ce à quoi les syndicats répondent simplement : à l’époque coloniale, également, les esclavagistes, « donnaient du travail »).

Le premier blocage fut donné par le maire de St. Raphaël, “Brenn” Sévère. Selon les propres dires du contrôleur, Jean-Marie St. Fleur, il fut soudoyé par la direction de l’établissement en vue d’empêcher toute réunion et de proférer des intimidations répétées aux membres du comité. Souvent accompagné d’“attachés” à sa solde et même parfois de policiers, il maintint pendant un certain temps cette pratique illégale et arbitraire. Se rendant compte, toutefois, de l’hostilité de la population à son égard, il opéra un retrait, laissant place à la légitimité plus officielle du Ministère des Affaires Sociales.

 Ici, pas de réponse, ni même d’acte de réception. En effet, depuis déjà cette époque (octobre 2000) les inspecteurs du bureau des Affaires Sociales au Nord ne reçoivent pas les ouvriers syndiqués !

Par contre, quand survint le conflit et que la direction dut faire face à la grève, une délégation de haut niveau, organisée depuis Port-au-Prince se précipita jusqu’à Guacimal, expédiée sur-le-champ par la ministre d’alors, Mme Mathilde Flambert, à la simple demande téléphonique du patron. Cette même ministre s’opposa durant tout son mandat à l’octroi de l’attestation légale du syndicat. Malgré la correction immédiate des détails de rectification demandée, malgré le rapport explicite du Responsable aux Organisations du Bureau du Travail qui garantissait finalement la conformité légale du dossier, malgré que le Code du Travail octroie soixante jours pour que le ministère rende I’attestation, ce dossier est demeuré près de six mois sans réponse aucune !

On comprend plus clairement les agissements de la ministre Flambert qui jouait des pieds et des mains pour bloquer la légalisation du syndicat et ainsi affaiblir la mobilisation des travailleurs, quand on entend les propres paroles de M. Zéphir. En effet  quand une délégation d’un autre syndicat plus ou moins reconnu par la direction (celle du Syndicat des Ouvriers de Guacimal Madeline) dut remplacer les travailleurs de Guacimal que la direction refusait toujours de recevoir et apporter une demande de négociation, Daniel Zéphir répondit : « ce syndicat n’a pas d’attestation ». Et, quand les ouvriers répondirent que le dossier était au ministère des Affaires Sociales, dossier complet, attendant attestation, ce même dirigeant patronal contesta, sourire aux lèvres : « qui la leur donnera ? » Comme le dit le dicton : « Kreyòl pale, kreyòl konprann » !

Enfin, alerté du conflit ayant lieu sur la Plantation, le juge de paix de St. Raphaël se déplaça  pour constat. Effectivement, il prit note des voies de fait exercées par les watchmen sur les travailleurs, des blessures occasionnées et confisqua même la machette du watchman qui avait blessé le secrétaire général du syndicat. Cependant, quand le groupe de travailleurs lésés décida de porter plainte aux Affaires Sociales et, pour ce, nécessitait le constat du juge, celui-ci refusa catégoriquement de décliner le rapport en question ! De même, quand les travailleurs se sont rendus au centre médical du hameau où s’était fait soigner M. Sintès Estime, cette administration lui refusa la moindre attestation médicale ! S’agit-il d’un complot général de l’État contre les travailleurs haïtiens ? Avec quelle orchestration ?

3 – Situation actuelle et conclusions

Quand la direction de l’établissement, appuyée par la Ministre d’alors, déclara illégalement que tous les travailleurs syndiqués n’obtiendraient pas cette année de terrains à cultiver en intersaison et, que, d’autre part, ne pouvant à l’époque compter sur aucun soutien de l’Etat haïtien pour freiner I’avancée arbitraire de ces sadiques colons modernes, les paysans montèrent alors sur les terres dont ils avaient la jouissance en intersaison, par contrat, coutume, donc droit. En grand nombre (plus de quatre cents familles !) ils commencèrent à travailler afin de ne pas mourir.

 Remarquons qu’aucun oranger n’a été abattu et que, quoique la législation (Article 326.1 du Code Civil) permette aux anciens propriétaires de terrains de reprendre leur bien si le contrat passé à I’achat n’est pas respecté après dix ans — or il y a plus de quarante ans que le contrat (irrigation générale de la zone, écoles, dispensaires et “développement”) fut entendu — les paysans n’ont fait jusqu’à présent que prendre jouissance du travail de I’intersaison sur les terres qui leur appartenaient.

Par contre, ils demandent tous que ce contrat soit respecté dans sa totalité (irrigation, écoles, dispensaires), où il ne fut jamais question de “deux moitiés” avec des watchmen opportunistes et un contrôleur odieux, proférant constamment des menaces de déplacement de population !

Par contre, les ouvriers employés au travail des oranges amères de la Compagnie multi-millionnaire Cointreau réclament à la direction de l’établissement le respect de tous les droits (boni, congés, soins de santé, protection au travail, liberté syndicale) qui leur sont légalement dus et à l’Etat des actions concrètes et déterminantes visant à enrayer l’avancée de ce néo-colonialisme archaïque et destructeur et d’exiger des dirigeants de l’exploitation qu’ils respectent leurs devoirs envers les travailleurs haïtiens.

Fin novembre 2001, une délégation du syndicat Batay Ouvriye, accompagnée de représentants du Collectif Haïti de France et du Réseau-Solidarité a rencontré,au siège, à Paris, le directeur international de Rémy Cointreau. Celui-ci a répondu que « Cointreau n’était qu’un client de la Compagnie Guacimal, sans légitimité pour porter un jugement sur le fonctionnement d’une autre entreprise leur fournissant des produits pour la fabrication de leur liqueur, ni capacité de savoir ce qui se passait à des milliers de kilomètres et que la position de Cointreau s’appuyait sur les informations reçues des directeurs de Guacimal ». Il ajoutait que « la compagnie Cointreau avait signifié à M. Zephir et à M. Novela, dans une rencontre récente sur les problèmes avec les travailleurs, que Cointreau était en faveur d’un dialogue social en vue de trouver une solution heureuse au conflit ».

Les dernières nouvelles venant des travailleurs de la plantation d’orangers sont très mauvaises : les actes de répression contre les membres du Syndicat continuent. Par exemple, des agents de sécurité de l’entreprise et d’autres personnes armées ont fait irruption en pleine réunion du syndicat et ont proféré des menaces de mort contre les membres après avoir dit haut et fort qu’ils venaient de la part de M. Zéphir. Puis, ils ont annoncé qu’ils n’accepteraient plus la présence des membres de l’Intersyndicale Premier Mai, fédération syndicale affiliée à Batay Ouvriye. Ce dernier incident prouve encore que M. Zéphir ne se contente plus d’ignorer les revendications et les demandes de négociations des travailleurs mais qu’il veut la mort des membres de notre organisation.

Notes:

* Mouvement de travailleurs haïtiens. Cf. le site Internet :

<http://www.ifrance.com/syndicats-bo-haiti:?>

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