Comment vivent les Sénégalais en ce début du troisième millénaire?

Natou Poulo*

 

117Le 19 mars 2000, les Sénégalais ont réalisé une grande rupture avec ce qu’on a l’habitude de voir sur le continent africain. Nous avons obtenu une alternance politique après quarante ans de pouvoir néo-colonial, par la voie des urnes.

Cette situation a fait naître dans nos cœurs un espoir de mieux vivre et surtout un déplacement du centre de décision, désormais c’est le peuple qui décidera pour lui et par lui-même. L’arrivée au pouvoir d’une nouvelle équipe a créé un enthousiasme chez la jeunesse, chez les femmes chez les paysans, les hommes et femmes qui sont dans le secteur informel, enfin de manière générale dans la partie de la population la plus défavorisée.

Un an après l’élection présidentielle, les élections législatives d’Avril 2001 ont confirmé la tendance qui se dessinait déjà. Les Sénégalais ont définitivement tourné la page du pouvoir « socialiste » ; ils ont donné la majorité au nouveau président et à ses alliés. Ainsi, ce qu’on a appelé la «coalition sopi » a remporté 90 % des sièges de l’Assemblée Nationale. Ceci faisait dire aux observateurs que la nouvelle équipe a tous les pouvoirs pour mener sa politique, d’autres disaient c’est le moment ou jamais de sortir le Sénégal de sa crise endémique.

Cette situation a plutôt favorisé et surtout accéléré l’application d’une politique libérale avec son cortège de privatisations, de fermeture d’entreprises et d’augmentation des prix des denrées de première nécessité : privatisation des secteurs vitaux de l’Etat (l’eau, l’électricité, le téléphone, les transports de Dakar, les filières arachide et coton etc.), augmentation des prix (du riz, de l’huile, du sucre, du lait, du pain etc.), augmentation et harmonisation de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) sous prétexte d’appliquer une directive de l’Union Monétaire des Etats de l’Afrique de l’Ouest (UMEAO), baisse des prix aux producteurs (arachide, coton etc.), baisse qui n’a aucune répercussion favorable sur le niveau de vie des populations.

Ainsi, au moment où le Sénégal attendait de grandes mutations économiques et sociales, l’alternance politique s’effectue sans grande ébullition.

Il est cependant à craindre que les promesses électorales concernant l’emploi, la lutte contre la corruption et la pauvreté non encore tenues ne provoquent des impatiences au niveau du monde du travail en matière de pouvoir d’achat, les gains précédemment engrangés ayant été réduits à néant par le choc inflationniste consécutif à la flambée des prix, amplifiée par l’augmentation et l’harmonisation de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA).

Côté emploi, bien des nuages sont encore à l’horizon. L’avenir de l’emploi des jeunes est toujours incertain, une politique de création d’emplois est toujours attendue en dépit de la publicité qui avait été faite autour de ces questions pendant les différentes campagnes électorales.

Au niveau du monde rural, l’ampleur des difficultés dans lesquelles se débattent les paysans et les problèmes liés à la collecte et à la commercialisation de leurs productions commencent à provoquer une prise de conscience progressive de l’ensemble des acteurs, et laissent espérer que la recherche d’un consensus autour d’une nécessaire réforme en profondeur l’emportera sur le statu quo. A titre d’exemple sur 600 000 tonnes qui représentent la production de l’année passée seules 200 000 tonnes ont été collectées et rachetées par les différentes filières de commercialisation, dont l’Etat.

Dans le domaine de la santé : le Sénégalais moyen ne bénéficie d’aucune protection sociale s’il n’est pas salarié ; les hôpitaux publics se trouvent dans un état de délabrement tel que les malades se couchent par terre parce qu’il n’y a pas de lit ; les médicaments doivent être achetés par la famille. Quand on parle de médicaments, il s’agit pour une femme qui vient pour accoucher de venir avec la piqûre anti-tétanique, le coton, l’alcool etc. Les riches pouvant prendre une assurance privée.

C’est dans ce contexte que la France s’est déchargée au profit de l’Etat sénégalais de la gestion de l’Hôpital Principal (l’un des plus grands hôpitaux du pays) et que l’Etat a privatisé l’hôpital qui était géré par l’organisme chargé de la Sécurité Sociale chez nous. Enfin toujours dans le domaine de la santé, les honoraires des généralistes privés et des spécialistes privés ont augmenté cette année d’environ 8 %.

Pendant longtemps le Sénégal s’est vanté d’avoir des ressources humaines de qualité, avec un système éducatif performant. Mais aujourd’hui les conditions d’étude et d’enseignement sont telles que les diplômes délivrés par notre système éducatif, à tous les niveaux, ne bénéficient plus d’équivalence automatique au niveau des universités européennes. Entre les années blanches c’est-à-dire les années non validées et les grèves cycliques, la jeunesse sénégalaise trouve comme unique solution l’émigration pour se former vers l’Amérique ou la Canada ; la destination France étant devenue trop compliquée pour l’obtention d’un visa.

Devant cette situation la réponse apportée par l’alternance : c’est le fameux Plan Omega [1] du président Wade dont on parle tant et un soi-disant Pacte Africain contre le terrorisme.

Ce projet repose sur l’adhésion des gouvernements africains à la globalisation, à la libéralisation et à la privatisation, principes qui ont été affirmés dans divers sommets de l’OUA.

Notes:

* Cadre dans les télécommunications sénégalaises.

[1] Ce plan a, d’abord, été présenté par le président Wade, en janvier 2001, au Forum de Davos. Les chefs d’Etat africains, au sommet de l’OUA de Yaoundé, l’ont intégré, en juillet 2001, dans la nouvelle Initiative pour l’Afrique. qui a fait l’objet d’un examen au sommet du G8 de Gênes en juillet 2001, puis de la session spéciale des Nations unies pour l’Afrique de septembre 2001.

 

 

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