Présentation du dossier: Les transports dans les pays du Sud, quelques enjeux actuels

Jean Michel Cusset*

 

112L’importance du secteur des transports terrestres dans le processus de développement des pays du Sud n’est plus à démontrer et elle a fait l’objet d’une abondante littérature. Il n’est pas besoin de souligner, par exemple, les handicaps supportés par les pays enclavés sans accès à la mer pour leurs débouchés et approvisionnements, ou ceux de régions rurales périphériques mal ou non reliées par le réseau routier aux centres urbains, sans oublier l’inadaptation des systèmes de transports collectifs et des infrastructures de voirie aux besoins de mobilité d’agglomérations millionnaires dont on ne maîtrise pas le processus de périurbanisation. A l’heure actuelle les préoccupations d’environnement donnent naissance à de nouveaux concepts, souvent mal définis comme celui de transport durable ou mobilité durable, largement repris par les organisations internationales. Les pays en développement doivent-ils aussi s’engager à limiter leurs émissions de polluants générés par les transports, au même titre que les pays développés par des politiques appropriées, en limitant la croissance de la motorisation de leur population ?

Il suffirait plus d’un numéro de la revue pour aborder ces multiples aspects[1]. Dans le présent numéro, nous nous contenterons de quelques thèmes plus particulièrement consacrés à l’Afrique. Gnanderman Sirpé, à partir de l’exemple du Burkina Faso, analyse les répercussions d’une réduction du prix et des coûts des transports de marchandises sur l’approvisionnement en produits céréaliers des régions déficitaires par les régions excédentaires de ce pays. De meilleures conditions de transport routier peuvent ainsi bénéficier à l’ensemble du pays. En Afrique sub-saharienne, les programmes d’ajustement structurel ont fait l’objet de nombreuses critiques[2]. Dans le domaine des transports ces programmes sont peu connus en dehors des milieux concernés ; Alain Bonnafous présente ici un premier bilan de ces plans à partir d’une approche des marchés du transport. Le processus d’ajustement dans le secteur des transports ferroviaires fait l’objet d’un bilan plus spécifique exposé par Pierre Yves Péguy qui fait un état des lieux de la mise en concession des réseaux selon des modalités variables d’un pays à l’autre. Le domaine des transports est l’un de ceux où les transferts de savoir faire et de technologie des pays développés vers les pays du Sud méritent le plus d’attention. La transférabilité des expériences dans le secteur des transports urbains est-elle envisageable et à quelles conditions ? Une expertise africaine en économie des transports est en train d’émerger grâce aux activités du réseau international SITRASS que présente Amakoé Adoléhoumé. Prenant l’exemple de l’intervention française en Afrique, et plus particulièrement à Dakar, Xavier Godard montre l’intérêt, les ambiguités et les limites de cette intervention. Cette réflexion critique devrait susciter un débat auquel nous convions nos lecteurs. Les consultants en transport et les chercheurs en économie des transports devraient apparaître comme des acteurs complémentaires et non pas rivaux. Ces derniers, intervenant plus en aval, ont le temps, sinon les moyens, d’une analyse plus fine des attitudes et comportements ; les résultats de leur recherche peuvent être des apports importants pour la réalisation d’études plus opérationnelles, et éviter des erreurs dans la définition de politiques de transport urbain. L’article de Lourdes Diaz Olvera, Didier Plat et Pascal Pochet, qui s’appuie sur des résultats d’enquête sur la mobilité quotidienne à Ouagadougou, Dakar et Bamako, est axé sur la mobilité quotidienne des populations les plus défavorisées de ces trois villes et il montre quelques implications pour une politique des transports plus adaptée à leurs besoins. Ce numéro se termine sur les transports urbains en Asie du Sud-Est dont sont analysés les principaux enjeux et les perspectives.

 

Notes:

* Laboratoire d’Economie des Transports, CNRS, Université Lumière Lyon 2.

[1] Rappelons qu’il y a douze ans déjà la revue avait consacré un numéro spécial sur les transports urbains dans le Tiers-Monde (n° 66 , octobre-décembre 1988).

[2] On pourra se reporter en particulier aux articles de Gilbert Blardone, dans le numéro 85, octobre-décembre 1993 de la revue.

 

 

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