Éditorial: Faut-il craindre les délocalisations ?

Patrice Allard, Rédacteur en Chef de Informations et Commentaires

 

140La question n’est pas nouvelle. En France, s’il fallait trouver un point de départ, la fermeture de l’usine de Dijon-Longvic de l’entreprise Hoover et le redéploiement en Écosse de son activité de production d’aspirateurs semble en avoir été le premier exemple fortement médiatisé. Une longue série devait suivre. La délocalisation peut être définie comme le transfert d’une activité productive située dans un pays vers une unité située dans un autre pays, les produits obtenus auparavant dans le pays d’origine étant remplacés par des importations.

L’écho médiatique donné à ces opérations trouve sans nul doute son origine dans la crainte de perdre leur emploi, éprouvée par les salariés de l’industrie ou de certains services. Cette crainte est d’autant plus vive lorsque les pays bénéficiaires sont des pays à bas salaire. En 2001 le coût moyen d’une heure de travail dans l’industrie manufacturière s’élevait à 15,90 dollars américains en France contre 3,0 au Brésil, 0,4 en Chine et 0,3 en Inde[1]. Comment les salariés des pays des Centres pourraient-ils résister à l’attrait exercé sur les entreprises qui les emploient par une main-d’œuvre qui peut être jusqu’à cinquante fois moins onéreuse ? Les intérêts des salariés des pays des Centres entreraient-ils en contradiction avec ceux des salariés des Périphéries ?

Pour aborder cette question, considérons tout d’abord l’ampleur de ces délocalisations. La quantification est délicate et la couverture médiatique qui est réservée à certaines de ces opérations peut avoir un effet trompeur. D’une part, les délocalisations peuvent être rapprochées des phénomènes de spécialisation internationale : certaines productions peuvent être obtenues à meilleur compte en les confiant à des pays richement dotés en facteurs essentiels à leur obtention, cependant qu’en échange, d’autres activités pourront, pour la même raison, être développées dans le pays de départ. Il existe pourtant une différence qui porte sur l’acteur de ces phénomènes : il ne s’agit pas d’un pays au sens économique (des producteurs et des consommateurs agissant à travers des marchés concurrentiels) mais d’une firme nécessairement transnationale agissant dans le seul but de réduire ses coûts de production. Il n’y a alors aucune raison de penser qu’une division internationale du travail interne à cette firme puisse conduire automatiquement au renforcement ou à la naissance de nouvelles spécialités dans le pays qui a subi ces délocalisations. On ne peut donc ni analyser ni mesurer les phénomènes de délocalisation sur le modèle habituel du commerce international. D’autre part, les délocalisations paraissent liées aux investissements directs à l’étranger. En effet, l’ouverture d’une filiale étrangère offre à l’investisseur l’opportunité d’y établir, immédiatement ou plus tard, des activités autrefois réalisées dans les unités nationales de la firme. Toutefois toutes les filiales étrangères ne donnent pas lieu à délocalisation et celle-ci peut se produire sans que des liens patrimoniaux préexistent : le transfert à l’étranger d’une production est aussi possible par externalisation, c’est-à-dire en confiant celle-ci à un fournisseur étranger travaillant en sous-traitance au compte de la firme. Pour ces raisons, la saisie statistique ne peut être qu’indirecte[2] (par exemple en partant des importations de demi-produits effectuées directement par des firmes d’une même nationalité en provenance d’une zone géographique réputée pour être zone privilégiée de délocalisation). Ces mesures sont donc imparfaites et leurs résultats doivent être accueillis avec prudence.

Que nous indiquent les chiffres ainsi obtenus ? Dans le cas français, entre 1995 et 2001, les délocalisations, avouées ou suspectées, auraient provoqué 95 000 suppressions d’emploi[3], soit 2,4 % des effectifs des industries manufacturières. Ce chiffre, qui est à prendre avec précaution, montre que l’effet en termes d’emploi des délocalisations reste faible, bien que les emplois peu qualifiés se trouvent, là, plus menacés. Les pertes d’emploi que connaît l’industrie française dont la part dans l’emploi total passe de 26 % en 1981 à 18 % en 2003 seraient, pour l’essentiel, dues à des causes internes. Les délocalisations vers les pays émergents n’expliqueraient que le dixième de cette diminution de l’emploi industriel[4], avec toutefois une responsabilité accrue (environ 13 %) à partir de 1987. Ceci se trouve confirmé lorsque sont prises en compte les opérations d’investissements européens vers le Maroc et la Tunisie, sur la période 2003-2005[5]. Dans le cas de la Tunisie, on peut recenser 5 opérations avouées de délocalisation et 5 autres qui peuvent être présumées telles, sur 132 opérations (pour le Maroc ces chiffres passent à respectivement 3 et 7, sur 300 opérations).

Les délocalisations ne concernent pas tous les secteurs d’activité. Dans les secteurs manufacturiers, ce sont les textiles, cuir et habillement, les équipements du foyer, les équipements électriques et électroniques, les composants électroniques et la métallurgie qui sont les plus affectés. Dans les services, les centres d’appel sont souvent cités. Ces délocalisations sont principalement le fait de grandes entreprises ou de grands groupes (entre 1995 et 2001, dix groupes industriels sont à l’origine du quart des suppressions d’emploi par délocalisation). Il est ainsi possible de relier ces délocalisations aux mutations profondes de la mondialisation qui débouchent sur la constitution de firmes réseaux où le “cœur” du groupe exerce des fonctions d’organisation, de distribution ou d’innovation et confie l’essentiel de la production à des filiales ou des fournisseurs affiliés, situés là où les opportunités de coûts faibles sont les plus grandes. Tous les pays des Périphéries ne sont pas concernés. Il s’agit, dans le cas français, des pays de l’Est européen, du Maghreb, de certains pays du Sud-Est asiatique et surtout de la Chine. Cette information reste biaisée puisque c’est à partir d’une zone préalablement construite incluant ces pays que les études quantitatives sont menées. Par ailleurs, toujours dans le cas français, il convient de remarquer que plus de la moitié des délocalisations (entre 1995 et 2001) se font avec d’autres pays des Centres[6].

Les phénomènes de délocalisation, dans leurs aspects nord-sud, restent ainsi limités. Toutefois, cela ne peut en rien permettre de conclure qu’il ne peut y avoir contradiction d’intérêt entre les travailleurs des Centres et ceux des Périphéries. C’est cette question qu’il faut maintenant examiner.

Pour la doctrine libérale dominante, les délocalisations ne peuvent faire que des gagnants. Sont gagnants les pays des Périphéries qui bénéficient de créations d’emploi ; sont également gagnants les pays qui les connaissent : la compétitivité restaurée de l’entreprise qui délocalise sauvera des emplois et permettra peut-être d’en créer de nouveaux, cependant que l’essor des pays bénéficiaires, qui sont aussi des pays clients, devrait également accroître les exportations et, pour cela, créer d’autres emplois.

Si nous suivons cette doctrine, dans les pays des Centres qui voient partir à l’étranger une partie de leurs activités, la « balance » des emplois devrait donc être neutre, voire positive. Que les délocalisations puissent créer des emplois après en avoir supprimé dans les pays industrialisés de départ n’est pas forcément une idée erronée. Des exemples peuvent être avancés. Ainsi, en France, le groupe Lafuma (articles de sport) a pris en 1986 la décision de délocaliser une partie de ses activités vers sa filiale tunisienne, occasionnant le licenciement d’un quart de son personnel français. Dans les années suivantes, ce mouvement s’est poursuivi ; aujourd’hui ce groupe ne réalise plus que 27 % de sa production en France. Pourtant, sur les dernières années, les effectifs français du groupe (plus de 700 en fin 2003) progressent et, selon son président, « sans délocalisation, le groupe serait mort »[7]. De même, sur la période 1987-1998, les investissements directs japonais vers l’Asie du Sud-Est auraient conduit à la perte de 577 000 emplois par délocalisation ; mais, dans le même temps, ils auraient aussi permis la création au Japon de 514 000 emplois liés aux nouveaux débouchés apparus dans cette zone[8]. Ce dernier exemple doit retenir notre attention. D’une part, les pertes d’emploi par délocalisation sont sans doute sous-estimées puisque les délocalisations liées à l’externalisation des entreprises japonaises sont oubliées. D’autre part, la “balance” des emplois reste négative. Ainsi, si les délocalisations peuvent s’accompagner de créations d’emploi, il ne peut être question d’y voir une compensation, ni au plan quantitatif (comme le montre l’exemple japonais), ni au plan qualitatif (la différence de qualification existant entre les emplois supprimés et les emplois créés).

Dans les pays des Centres, l’étude des effets des délocalisations ne saurait se limiter à cette “balance” des emplois. Lorsqu’une entreprise délocalise une partie de sa production à l’étranger, elle ne le fait que parce que son prix de revient en sera diminué. Ainsi, si la valeur ajoutée dégagée par son activité reste à peu près inchangée, la répartition de celle-ci entre les différents facteurs de production mis en œuvre sera modifiée : l’entreprise et ses actionnaires ajouteront à leurs revenus les économies permises par la baisse des coûts. Les délocalisations affecteraient donc ici la répartition des revenus, augmentant la part du revenu total perçue par les détenteurs de capitaux au détriment de celle allouée aux salaires, agissant aussi à la baisse des rémunérations des salariés les moins qualifiés, en un mot, aggravant les inégalités[9]. À cela s’ajoute l’utilisation de la menace de délocalisation pour faire pression sur les salariés, les contraignant à réduire leurs rémunérations et/ou leurs avantages sociaux (dumping social)[10]. Les délocalisations renforcent ainsi le pouvoir des grandes entreprises sur leurs salariés, mais également leurs capacités à imposer leurs stratégies en face des politiques industrielles ou sociales que pourraient souhaiter mener les pouvoirs politiques de pays des Centres. Dans ces pays, s’il y a bien des gagnants, il y aurait donc aussi des perdants.

Les pays des Périphéries qui reçoivent ces activités délocalisées sont-ils pour autant gagnants ? Si, nous le rappelons, tous les pays des Périphéries n’en bénéficient pas, il est indéniable que les délocalisations créent des emplois là où elles conduisent à des implantations. Ainsi les délocalisations allemandes dans les pays d’Europe de l’Est y ont-elles créé, en dix ans, 460 000 emplois ; l’externalisation de services par des entreprises américaines auraient permis la création de 400 000 emplois en Inde et les délocalisations françaises au Maroc plusieurs dizaines de milliers[11]. Ces créations d’emploi sont-elles pour autant favorables au développement du pays périphérique ? Cela supposerait ou bien que l’ensemble des revenus distribués aux nationaux à ces occasions soit suffisamment important pour qu’il engendre un élargissement du marché intérieur dont pourraient tirer profit les producteurs nationaux, ou bien que les activités délocalisées puissent donner naissance à d’autres productions complémentaires, élargissant les activités, surtout manufacturières du pays. Plusieurs faits conduisent à douter qu’il puisse en être ainsi.

La première chose qui frappe lorsque sont examinés les effets de cette division internationale du travail si particulière est la très inégale répartition de la valeur ajoutée qui en résulte. La plus grande partie de la valeur ajoutée obtenue sur un produit fini reste dans les Centres et les Périphéries doivent se contenter des « miettes ». L’entreprise américaine d’articles de sport Nike, rendue célèbre par le cinéaste Michael Moore, fournit un fort bon exemple. Il s’agit d’une entreprise “vide” : toute son activité de production est délocalisée et seules les fonctions de direction, d’innovation et de commercialisation sont exercées depuis les États-Unis. Pourtant le coût de production industriel d’une chaussure (fabriquée entièrement en Asie) ne représente que 4 % de son prix de vente au détail (96 % de celui-ci rémunèrent donc les services produits dans les Centres). Les délocalisations cantonnent donc le pays périphérique dans des activités à faible valeur ajoutée, ce que la nature des liens qui unissent la firme internationale à ses partenaires (rapport de société-mère à filiale ou de donneur d’ordre à sous-traitant) renforce. Peut-on concevoir un réel développement des Périphéries à partir d’une si inégale répartition des richesses produites ?

La seconde chose qui mérite d’être évoquée est l’étroitesse de l’horizon de temps qui est retenu dans les décisions de délocalisation. Les avantages propres à la localisation d’une activité spécifique peuvent à tout moment être contrariés, soit par un changement technique, soit par l’accès nouveau à d’autres territoires plus prometteurs. Lorsqu’il s’agit de filiales étrangères, la société-mère a déjà donné la preuve de sa capacité à redéployer des segments de ses activités. Pourquoi ne le ferait-elle pas de nouveau ? Dans le cas de délocalisations réalisées par externalisation, un constat de même nature s’impose. L’Organisation des Nations Unies pour le Développement Industriel (ONUDI) a lancé dès 1982 un « Programme de la sous-traitance et de gestion des fournisseurs industriels ». Ce programme s’est traduit, sur vingt ans, par la mise en place de 65 « Bourses de sous-traitance et de partenariats », établies dans 32 pays (55 fonctionnent toujours). Le recensement[12]et l’examen de 14 accords de partenariat entre donneurs d’ordre des Centres et entreprises de pays émergents montrent que l’essentiel de ces accords est prévu pour une durée limitée : six mois à un an pour la plupart, jamais plus de deux ans. Ceci confirme donc la fragilité des emplois créés. Peut-on concevoir un développement basé sur des emplois aussi peu durables ?

Enfin il convient de ne pas perdre de vue que l’avantage offert par les activités délocalisées, de plus faibles coûts, repose le plus souvent sur une main-d’oeuvre bon marché. Des salaires bas et une faible protection sociale sont ainsi des caractéristiques essentielles du pays d’accueil. Le développement impliquerait que ces conditions initiales soient améliorées au fil des augmentations de la productivité et des qualifications accrues des travailleurs. Peut-on effectivement espérer qu’il en aille ainsi ? La capacité des délocalisations à transmettre des savoir-faire, des compétences sur des techniques modernes joue ici un rôle central. Les salariés des Périphéries qui bénéficient de tels transferts, devenus plus compétents, disposent des moyens leur permettant d’obtenir de meilleurs salaires[13]. Ceci ne concerne que rarement l’ensemble des emplois créés par les délocalisations. Celles-ci peuvent également déboucher sur le transfert de travaux déqualifiés qui conduisent les nouveaux embauchés à des situations où, si le travail devient de plus en plus intense, les salaires demeurent faibles[14]. Être un pays attractif du fait du bon marché de sa main-d’oeuvre peut alors devenir un piège. Les pouvoirs politiques qui font reposer le développement de leur pays sur une telle stratégie ne peuvent que remettre à plus tard toute amélioration du sort du plus grand nombre[15], sous peine de perdre cet avantage. Les grandes entreprises des Centres, par l’intermédiaire de leurs filiales ou des relations de sous-traitance qu’elles ont établies, disposent des mêmes pouvoirs d’action sur leur personnel ou sur les pouvoirs publics dans les Périphéries que ceux, vus précédemment, dont elles disposent dans les Centres. Le même dumping social peut y être exercé : ne parle-t-on pas aujourd’hui de délocalisations Sud-Sud ?

Les délocalisations sont pour les Périphéries qui les accueillent une opportunité qui tend à se limiter à des créations d’emploi. Comme dans les Centres, elles font des gagnants et des perdants qui ne sont pas des pays mais des salariés, des entrepreneurs ou des actionnaires. À travers celles-ci et plus généralement la mondialisation, n’assiste-t-on pas à la construction d’un monde où de plus en plus de richesses sont produites, en même temps que ces richesses deviennent de plus en plus inaccessibles au plus grand nombre de ceux qui les ont produites ?

 

Notes:

[1]Groupe de travail présidé par Christian Gaudin, Rapport d’information au Sénat sur la délocalisation des industries de main-d’œuvre, rédigé au nom de la commission des Affaires économiques et du Plan, séance du 23 juin 2004.

[2] Louis De Gimel, « Repères quantitatifs sur les délocalisa-tions industrielles à partir des relations extérieures avec les pays émergents », Désindustrialisation, délocalisations, Conseil d’Analyse Économique, la Documentation française, Paris, 2005.

[3] Aubert et Sillard, étude de l’INSEE, 2005, citée par l’OCDE in : Les délocalisations et l’emploi :tendances et impacts, 2007.

[4] Lionel Fontagné et Jean-Hervé Lorenzi, Désindustriali-sation, délocalisations, op. cit.

[5] Réseau Euro-Méditérranéen des Agences de Promotion des Investissements (ANIMA), Observatoire Méditerranéen de l’investissement (MIPO), site :

<http://www.animaweb.org/observatoireinfo.php&gt;.

[6] Aubert et Sillard, 2005, ibid.

[7] François Benaroya, « Le point sur les délocalisations », Désindustrialisation, délocalisations, op. cit., 2005.

[8] François Benaroya, ibid.

[9] J. Bhagwati, A. Panagariya et T. Srinivasan, « The Muddles over Outsourcing », Journal of Economic Perspectives, vol. 18 n° 4, 2004. Ces trois auteurs parviennent, à partir d’une approche théorique à la même conclusion.

[10] Jacky Fayolle, « Commentaire », Conseil d’analyse économique, Désindustrialisation, délocalisation, op .cit., 2005. Cet auteur ajoute également aux dangers apportés par les délocalisations leur nature pro-cyclique. Ces opérations sont plus nombreuses dans la phase de basse conjoncture du cycle économique et en aggravent ainsi les effets dépressifs.

[11] François Benaroya, « Le point sur les délocalisations », ibid. 2005.

[12] Jean-Louis Morcos, Sous-traitance internationale ou délocalisation ?, ONUDI, Vienne, 2004.

[13] C’est le cas des cadres chinois qui, en plus d’être bien formés, ajoutent la qualité de bien maîtriser une (ou plusieurs) langue occidentale. L’importance du turn over (changement fréquent d’emploi) qu’ils peuvent imposer à leurs employeurs et l’expérience acquise en passant d’une entreprise à l’autre, les amènent à revendiquer et obtenir des salaires de plus en plus élevés.

[14] Ces deux situations peuvent fort bien coexister. Dans le cas chinois, l’amélioration rapide du sort des plus qualifiés, vue dans la note précédente, s’accompagne des pires conditions d’exploitation réservées aux autres travailleurs peu ou pas qualifiés.

[15] Le gouvernement de l’île Maurice n’en est-il pas venu à faire venir des travailleurs étrangers pour empêcher une augmentation des salaires dans les zones franches de l’île ?

 

 

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