Présentation du dossier: les multinationales

127-page-001Voilà bientôt quinze ans qu’un changement d’envergure s’est produit dans les discours et les politiques des pays périphériques à l’égard du capital étranger. A la fin des années 80 une inflexion était apparue dans leur position à l’égard des multinationales ; c’est très officiellement que la Conférence des Nations Unies pour le Commerce et le Développement avait déclaré que le temps de l’hostilité à leur endroit était révolu. Par la suite il y a eu une propension générale à réviser à la baisse les exigences inscrites dans les Codes d’investissement et à conclure des accords bilatéraux d’investissement très généreux, au point qu’en 2003, dans son rapport sur l’investissement international, la CNUCED a souligné les risques qui en résultaient pour les politiques nationales de développement.

Ce changement, évidemment, n’a pas été le fruit du hasard. C’est contraints et forcés par le poids de leur endettement et sous la pression des institutions financières internationales que ces pays ont cherché à attirer les capitaux privés et se sont trouvés entraînés dans la surenchère des politiques d’attractivité. L’ouverture au capital étranger fait ainsi partie de cette “révolution silencieuse” de la libéralisation tous azimuts qui s’est déclenchée après la crise de la dette, quand le capital a cherché dans la globalisation de nouvelles sources de profit. Il n’est donc pas étonnant que l’on puisse constater que les multinationales ne sont pas plus qu’autrefois, un vecteur du développement.

Mais les multinationales ont, elles aussi, changé, dira-t-on. D’un côté, elles font partie des firmes qui semblent avoir le plus pris au sérieux la question de la “responsabilité sociale de l’entreprise” puisqu’elles ont “spontanément” mis en place des codes de bonne conduite pour que leur activité dans les pays périphériques ne nuise pas à l’environnement et respecte les normes internationales du travail et les droits de l’homme. De l’autre, les plus grandes d’entre elles ont accepté le partenariat (le Global Compact) que leur a proposé le Secrétaire Général des Nations Unies, Kofi Annan, c’est-à-dire qu’en échange d’un label, elles se sont engagées à œuvrer dans le sens d’une meilleure protection de l’environnement, du respect des normes internationales de travail et de la promotion des droits de l’homme. En fait, un très grand nombre de travaux ont déjà été accumulés sur ces deux sujets et il en ressort assez clairement que ni la Responsabilité Sociale de l’Entreprise ni le Global Compact ne pourront mettre les multinationales au service du développement. L’ouvrage récent de Ann Zammit publié conjointement par le South Centre et l’Institut de recherche des Nations Unies pour le développement social (UNRISD) vient encore le confirmer, ne serait-ce que par son titre : « Development at risk : Rethinking UN-Business Partnerships ».

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