Éditorial

Patrice Allard, Rédacteur en Chef de Informations et Commentaires

 

125« Toute relation humaine est composite, elle est faite de lutte et de coopération, de conflit et de concours » écrivait en 1981 François Perroux[1]. Cette dialectique, qui fait du conflit la conséquence d’une coopération devenue impossible et de l’inanité du conflit la base d’une coopération, n’est-elle pas une perspective dominante de cette année 2003 ?

La coopération n’est possible que si chacun s’accorde sur un but commun de nature à concilier ses intérêts et les attentes de l’autre. Faute de ce préalable, le conflit reste l’autre voie : celle qu’emprunte celui qui ne peut obtenir l’adhésion de l’autre que parce qu’il est le “vainqueur”.

En cette année 2003, si chaque nation s’accorde à reconnaître le besoin de répondre aux contraintes de la mondialisation par la construction d’un ordre international fait de régulations au plan économique et d’arbitrages au plan politique, la forme qu’il devrait prendre reste contradictoire. Au plan politique, au moins deux perspectives s’opposent :

– la première est pyramidale ; elle impose à chaque nation de se situer en fonction de l’étendue de ses pouvoirs à l’étage correspondant de la pyramide et d’accepter les rapports de soumission et de domination qu’implique cette place ; la clé de voûte de l’édifice est son sommet : la nation qui exerce le rôle de gardien suprême de l’ordre établi doit perpétuer en sa faveur des rapports de force clairement établis et incontestables ;

– la seconde est multipolaire ; elle suppose une égalité au moins formelle entre les Etats et un arbitre pour apaiser leurs différends ; le rôle central appartient à ce dernier, qui trouve sa légitimité dans la volonté des Etats et sa force dans leur coopération.

Tout aussi contradictoire demeure la forme économique de l’ordre international. La tradition libérale et ricardienne avait établi que « le libre commerce profitait à chaque échangiste ». La grande majorité des humains attend que la prophétie se réalise et lui assure les bienfaits du développement. Cette attente ne risque-t-elle pas d’être vaine ?

– les héritiers de Ricardo pourront assurer que les intérêts des plus riches et ceux des plus pauvres doivent converger et que la vertu cardinale dont doivent faire preuve les habitants des Périphéries est la patience ;

– les témoins de la fin du siècle précédent ne manqueront pas de reconnaître que les économies aujourd’hui développées ont fait du développement le préalable du libre commerce et non l’inverse. La généralisation de ces exemples heureux passe alors par une tout autre coopération : l’édification d’un ordre respectueux des progrès économiques, sociaux et humains et non de la conciliation des seuls intérêts marchands.

 

Note:

[1] François Perroux, Pour une philosophie du nouveau développement, Aubier Montaigne, Paris, 1981.

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